Laurent Bado, Blaise et l’opposition

Publié le par Parti de la Renaissance Nationale

L’opposition Burkinabé Unie (OBU) du tandem Paré- Bado traverse une crise. De même que le PAREN du député Laurent K. Bado. Ce parti en effet vient d’enregistrer la démission de 3 de ses 4 députés. Un véritable coup dur porté à cet intellectuel engagé en politique. Un coup de nature à déconcerter la ou les éventuelles victimes.

Et comme ceux qui peuvent conserver leur sérénité sont quasiment rares en pareilles circonstances, le député Bado, président du PAREN et vice-président de l’OBU qui a même déclaré sa candidature pour la présidentielle de 2005, tel piqué par une crise de nerf, promet de donner le change à ses anciens camarades.

« Il y a des dessous de table que je vais révéler. Le comportement de chacun sera dit » avait-il confié à notre confrère l’Observateur Paalga en donnant rendez-vous pour le 3 juillet prochain. Ce qui aura tout de même frappé plus d’un, c’est l’appréciation faite du rapport entre le Président Blaise Compaoré et l’opposition. Mais en réalité y a-t-il un problème ? En attendant le discours d’investiture du candidat Bado, essayons de comprendre ce qui peut sous-tendre ses assertions.

Le 16 juin dernier, trois députés du PAREN, Stéphane Sanou, Joséphine Kanyoulou/Drabo et Raphaël Déma Bado démissionnaient de leur parti « pour tenir compte des crises multiples au sein du Parti de la Renaissance National (PAREN) et récemment celle à rebond au sein de l’OBU ».

Dans l’Observateur Paalga du lundi 20 juin 2005 qui l’a interviewé sur ces démissions, sur une question portant sur la main du pouvoir dans cette affaire, Laurent K. Bado répliquera : « Vous voyez, Blaise Compaoré, il peut avoir des défauts et il a des défauts. Mais Blaise Compaoré a toujours voulu une vraie opposition pour stimuler son méga parti à l’innovation, à l’imagination. Sans l’offenser, j’aurai à dire comment il a tout fait pour que je travaille pour lui. J’ai des dates. Je note tout et ce n’est pas en sa défaveur.

Il a toujours voulu l’intelligentsia, des idées. Il a tout fait auprès d’opposants ici pour obtenir cela. Savez-vous que sur 100 francs investis au Burkina Faso, 90% viennent des bailleurs de fonds ? Or, ces bailleurs de fonds ne sont contents que lorsqu’il y a un parti au pouvoir et une opposition forte. Voilà la vérité ? Je dirai cette vérité au peuple. Il ne faut pas accuser Blaise à tous les fronts.

Blaise m’a appelé quand je n’avais même pas encore créé un parti. Il est bon, comme mon honneur et ma dignité sont en jeu, comme on ment sur lui-même sur certains points, que je dise que ce n’est pas lui qui est en train de corrompre des individus, ce sont des individus qui se corrompent. Je vais le démontrer, je dirai de quoi il s’agit en ce qui me concerne. Je dirai que Blaise a partout recherché une vraie opposition. Ce que les gens ne savent pas.

Comme le peuple burkinabè est pauvre, comme l’élite ne cherche que du beurre pour mettre sur ses épinards, tous sont faux, tous sont des voleurs, tous sont des intrigants. Ils sont aussi corrompus sinon même plus corrompus que le système en place. Je ne partage pas la politique de Blaise, mais je peux reconnaître, moi Laurent Bado, que Blaise n’est pas là pour étouffer une opposition. »

Au commencement était trois millions...

Ces propos de Laurent Bado, sans être étonnants pour les observateurs de la scène politique, semblent toutefois avoir étonné plus d’un dans l’opinion. Du reste, l’opinion a toujours été assez regardante sur les faits et gestes d’un certain nombre d’élus qui doivent leur entrée à l’hémicycle grâce à la contestation sociale qui a résulté du quadruple holocauste de Sapouy.

Déjà en janvier 2003, l’affaire dite des « 3 millions des députés » avait défrayé la chronique. L’opinion tout en laissant de côté les députés issus du parti au pouvoir et leurs proches, s’en était particulièrement prise aux députés qu’elle estimait représenter une volonté de changement ou tout le moins représenter un quelconque espoir. L’opinion ne comprenait pas qu’au moment où plus de la moitié des burkinabè vivent avec moins de 200 Fcfa dévalué par jour et que les maladies hydriques font des ravages dans les zones rurales, sans parler des ravages monstrueux du paludisme, leurs députés ne fassent pas montre de plus d’esprit de sobriété.

Cette affaire avait mis, on s’en souvient, le député Laurent Bado à la une de bon nombre de journaux. Celui-ci, après des flèches décochées à la presse, s’en était expliqué le 7 mars 2003 dans une conférence de presse. Conférence au cours de laquelle il a souligné avoir compris la réaction de l’opinion par rapport à la confiance à eux placée. Cette « compréhension » n’empêchera pas outre mesure les mêmes d’aller « péquer » 1 200 000 FCFA en décembre 2004.

« Il ne faut pas accuser Blaise à tous les fronts »

Il faut remonter peut être en 2004 pour comprendre les propos de l’honorable Kilachiu Laurent Bado. En effet, courant l’année précitée, le député Laurent Bado aurait été contacté par le ministre Salif Diallo par l’intermédiaire du docteur Emile Paré. Après échanges entre les deux, une rencontre est organisée entre Bado et le président Compaoré.

Ce dernier aurait expliqué à Bado comment il a aidé bien de leaders de l’opposition (qu’il aurait cité nommément) qui le vouent aujourd’hui aux gémonies. Il dira que les bailleurs de fonds ont un regard mitigé sur la démocratie parce qu’il n’y a pas d’opposition forte ni crédible. Et lui, serait prêt à aider l’OBU de Bado sans contrepartie aucune ; l’entente se concrétisera par un versement de 15 000 000 FCFA par trimestre. Un premier versement aura lieu suivi d’un second.

A chacun des versements, Bado et Paré auraient prélevé respectivement chacun 6 millions au titre de leur parti et 3 millions auraient été versés dans le compte de l’OBU. Le troisième versement n’aura pas lieu car entre temps, l’intermédiaire, le ministre Salif Diallo sera évacué pour raison de santé en France. A son retour, Bado et Paré ne chantaient déjà plus la même chanson. Y a-t-il eu un rappel ? Nous n’en savons rien. Mais l’un dans l’autre, ceci expliquerait peut être pourquoi « Blaise n’est pas là pour étouffer une opposition ».

Des relations qui datent

Lors d’une des conférences de presse qu’il a donnée le 7 mars 2003, le député Kilachiu Laurent Bado a dit entre autre : « Vous voyez, moi-même la, j’aurai pu être au CDP et j’aurai pu être un grand bonze du CDP. Permettez-moi de ne pas vous dire tous mes secrets. J’aurai pu gouverner aussi le CDP ». ( Cf Bendré n° 226 du 10 mars 2003).

Les secrets dont Bado parle ici concernent certainement les approches que le pouvoir a eu à son endroit depuis 1991. En effet, selon des sources concordantes, Bado aurait été approché pour un premier contact le 1er octobre 1991 par des intermédiaires que sont Sawadogo Alain de la BCEAO, Amadé Ouédraogo (actuel DG de la chambre de commerce) et Idrissa Zampaligré (actuel DG de la CNSS).

Ce contact avait pour objet d’examiner le programme de campagne de Blaise Compaoré et de la création éventuelle d’un comité d’experts en vue de soutenir le candidat Compaoré. Bado aurait refusé le principe. Cependant, le 5 octobre de la même année il est tout de même reçu par Blaise. Quelques mois plus tard soit en février 1992, Bado dîne avec Blaise. De quoi ont-ils parlé lors de ces deux rencontres ? Nos sources ne le précisent pas.

Toujours est-il qu’en 1994, Bado est de nouveau invité chez le président qui veut créer une sorte d’agora qui réunira les intellectuels pour réfléchir sur le devenir du continent africain. Le contact entre les deux hommes continue au cours de l’année 1994.

Dans le sérail, on raconte qu’à un de ces tête-à-tête, Bado aurait dit à Blaise qu’il ne l’aime pas parce que ses mains dégoulinent de sang. Cela n’empêchera pas le président Blaise de lui offrir à la fin, des bouteilles de vin, du champagne et du café moulu. Les contacts semblaient être au beau fixe ; Blaise donne un million à Bado pour une association de développement qu’il anime au Sanguié et lui promet un tracteur et deux moulins.

En 1995, le contact se renforce. Bado écrit pour Blaise des discours à prononcer à l’Unesco et à l’Académie des sciences d’outre-mer. En juillet de la même année, Bado aurait été sollicité pour la création du CDP ; offre qu’il aurait décliné. Néanmoins, cela ne brisera point l’élan des contacts puisqu’il semble que pour le sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) tenu au Burkina en 1998, c’est Laurent Bado qui écrira le discours présidentiel. Le 24 septembre 1999, interviendra la création du Parti de la Renaissance Nationale (PAREN) présidé par Laurent Bado

Et l’éthique ?

Jean Jacques Rousseau disait que ceux qui cherchaient à traiter différemment la politique et la morale ne comprendraient jamais ni l’un ni l’autre. Aussi, la pratique de la politique peut et doit se concilier avec les exigences de la morale.

Laurent kilachiu Bado s’est toujours présenté ou voulu comme le paradigme de la vertu. L’opinion semblait apprécier chez lui un pragmatisme élaboré sur des principes et surtout le courage de dire des choses déplaisantes dans une perspective constructive.

On admettait bien que pour des petits partis comme le sien, la politique des petits pas et même du compromis soient parfois obligatoire si on veut aller de l’avant. Mais de là à s’engager dans un labyrinthe méphistophélique, il y a un pas !

Si fait qu’aujourd’hui, bien obligé est-on de se questionner sur le fondement éthique de ce ravitaillement pécuniaire par le Président Blaise Compaoré. Peu importe l’utilisation qui en a été faite !

Comment critiquer la gouvernance de Blaise Compaoré, ensuite prendre l’argent avec lui pour mieux s’opposer à lui est une gymnastique très compliquée que « les simples d’esprit » auront bien du mal à comprendre.

Par Pabeba Sawadogo
Bendré

Publié dans Divers

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