Crise à l’OBU et au PAREN : Les révélations de Bado en intégralité

Publié le par Parti de la Renaissance Nationale

La cérémonie d’investiture de Laurent K. Bado à la candidature pour la présidentielle fut l’occasion pour le leader du PAREN de revenir de long en large sur la crise qui a secoué le PAREN ET L’OBU, le rôle qu’y a oué Emile Paré, etc. Il a aussi les esquissé les grandes lignes de son projet de société. Voici en intégralité plaidoyer du professeur Bado.

 

PERES ET MERES !

FRERES ET SŒURS !

MILITANTES ET MILITANTS DE L’OBU !

PEUPLE DU BURKINA !

 

Le mardi 17 mai 2005, le Comité Directeur National de l’OBU, réuni au Groupe Scolaire du Plateau parce que chassé du siège du MPS/Parti Fédéral, et en l’absence injustifiée pour la troisième fois consécutive du MPS/Parti Fédéral et du PSU, m’a désigné par consensus, conformément à l’article 16 alinéa 3 des statuts de l’OBU, comme candidat unique de ce parti unifié à l’élection présidentielle de novembre 2005.

 

Ce choix est, à mes yeux, beaucoup plus une lourde croix sur les frêles épaules de ma modeste personne si pleine d’insuffisances qu’une honorable distinction dont je devrais me réjouir. Je ne l’aurais pas accepté si je n’eusse considéré auparavant la confiance que vous avez bien voulu placer en moi à travers l’instance dirigeante suprême de votre parti unifié qui est unique dans l’histoire de notre pays et exceptionnel dans la sous-région.

 

En me présentant devant vous ce jour, 3 juillet 2005, en voyant cette foule venue de façon inattendue pour m’entendre, le sentiment m’habite que j’ai devant moi, face à moi, au devant de moi, le peuple tout entier des citoyens Burkinabé conscients et responsables, déterminés à changer le cours de notre histoire, à sortir notre pays de l’ornière avec la même passion et le même volontarisme que les frères Gracques combattant la Rome corrompue des temps héroïques.

 

Frères et sœurs, voici donc l’homme de votre choix libre et souverain, lui dont le chemin n’était pas dans les grandeurs, lui dont le seul projet au monde était de réussir sa mort et que vous avez chargé de porter haut le flambeau de la Renaissance du Burkina Faso quand bien même ses mains brûleront. Je ne puis, en cette circonstance solennelle pleine d’émotion, m’empêcher de partager avec vous un doute et un espoir. Le doute, c’est que mon choix est combattu par tous les trompeurs professionnels du peuple. L’espoir, c’est que ce choix s’impose à moi comme un devoir à accomplir dans l’intérêt supérieur de la Nation.

 

"Un choix combattu par tous les trompeurs professionnels du peuple"

 

Frères et sœurs, il y a de quoi s’étonner. Pendant tout le temps où je suis resté en dehors des partis politiques, pour mieux faire la politique, cherchant à éveiller la conscience de mes concitoyens par les écrits, les interviews et les conférences techniques, j’étais bien estimé, considéré et jugé. On avait une excellente opinion de moi. Je ne parlais pas beaucoup pour me faire voir. J’obéissais en réalité à une voix intérieure qui m’avait invité à me mettre au service des pauvres, des exclus et des laissés-pour-compte, voix que j’ai entendue dans une sorte d’état extatique, la nuit du mardi 24 janvier 1967, passée en pleine teckeraie de Pabré où je m’étais réfugié après avoir appris par mon confesseur que je devais renoncer à la prêtrise pour accomplir un autre sacerdoce dans la vie civile.

 

Voici d’ailleurs la dernière page du roman que j’ai tiré de cette nuit troublante en 1975, deux ans après mon retour au pays natal : « Ah ! ce besoin de solitude ! Jamais je ne me sentais moi-même au milieu du bruit, du mouvement, des fêtes qui n’en finissaient pas. Tout en moi en appelait à la méditation, à l’isolement, au repli intérieur. Et par-dessus tout, au rêve.

 

Ce que je désirais le plus ? c’était un pays où l’amour est roi, où la fraternité, la solidarité, la vérité sont les biens suprêmes. Et puisque ce pays ne pouvait exister nulle part, il ne me restait plus qu’à m’aménager une zone d’isolement intérieur, à l’abri des valeurs de ce siècle dément, riche en égoïsme, en mesquinerie, en orgueil... Le jour, je pensais, tapi au bord de l’étang, au mendiant raillé par le riche des cités modernes, au laboureur sans espoir, à tous ceux qui mourraient sans une larme pour les accompagner à leur dernière demeure...

 

A chaque instant, j’entendais des cris, des appels au secours étouffés plus au moins par le vent de l’indifférence et du mépris. Partout, hélas ! la haine dévastait le champ de la fraternité. Partout, hélas ! les hyènes de la méchanceté, les vampires de la violence triomphaient. Et j’aurais parié que tous les oubliés de ce monde, assoiffés d’amour et de fraternité, gémissaient avec moi : J’avais ainsi découvert que mon destin était lié à celui des humbles et des mal aimés ».

 

Pour moi donc, si j’avais été exclu du service de Dieu, c’était pour être au service des pauvres, des désespérés, des oubliés ma vie durant. Et ma meilleure contribution, c’était de parler à temps et à contretemps, de bousculer les idées, de critiquer les gouvernants, même au péril de ma vie ! C’est ainsi qu’en octobre 1986, j’ai dénoncé la dérive totalitaire du pouvoir révolutionnaire dans les colonnes du Sidwaya, quand tout le monde était atterré et se réfugiait dans les mosquées, les temples et les églises.

 

Frères et sœurs, j’ai franchi une autre étape de ma mission de secourir les exclus en créant un parti politique en 1999, moins pour assouvir des passions inférieures que pour répondre à un appel de ma conscience à devenir un serviteur de ma patrie. C’est pourquoi, de 1973 à 1999, vous m’avez vu sur tous les fronts de la critique et des propositions et, faut-il le répéter, j’étais bien estimé, considéré et jugé.

 

Mais à partir de 1999, date de mon engagement dans la politique active avec la création du PAREN, beaucoup de mes admirateurs d’hier, de mes partisans de toujours sont devenus brutalement mes contempteurs, mes accusateurs ou des témoins à charge. Ils se sont ligués pour détruire mon honneur, ma réputation, ma renommée. Ils ne me reconnaissent plus !.

 

Frères et sœurs, c’est une évidence qu’on veut m’abaisser, me nuire et me détruire et, à travers ma chétive individualité, vous tous qui constituez l’armée d’élite pour bouter hors du Burkina l’injustice, la corruption, les inégalités, l’enrichissement illicite ou sans cause, les fraudes et les arnaques qui sont des épines au pied du processus de développement de notre pays dont vivent bien d’hommes dits politiques sans y croire, comme ces commerçants de Lourdes qui vivent de la Vierge de Massabielle sans croire en elle.

 

Recourant à toutes les armes, même à celle du mensonge grossier et grotesque en s’inspirant du tristement célèbre Néron qui disait qu’en politique, plus le mensonge est gros, plus le peuple se laisse facilement convaincre, ils font des tirs croisés sur ma personne, ils m’accusent d’être un chercheur de prime, un « mouvancier » caché et un fossoyeur de l’OBU et même de mon parti, le PAREN. Ainsi, ils sont passés en quelque temps du « Hosanna, ô fils de David ! » au « Crucifie-le » du peuple juif.

 

Comme tirs croisés sur ma personne, ils disent tour à tour que je suis un populiste primaire parce que je fréquente n’importe quel lieu de loisir et parce que je me déplace souvent en bus. Comment un authentique représentant du peuple peut-il penser qu’il se rabaisse en allant vers ses mandataires pour les écouter et recueillir leurs doléances, leurs critiques, leurs suggestions et propositions, En quoi consiste mon populisme en empruntant le bus quand, par goût et par souci pédagogique, je prenais X9 pour me rendre à mon lieu de travail bien avant mon engagement politique jusqu’à ce que ma ligne soit supprimée pour non rentabilité et mauvaise route alors que je disposais de trois véhicules personnels ? Mes adversaires, manifestement, ne savent pas encore distinguer entre nature et aventure humaine.

 

Ils disent aussi que je suis un homme qui n’écoute pas les autres, que je suis un « autoritariste » borné. L’ « autoritariste » borné, l’ « inconseillable » est pourtant celui qui a écrit dans le Manifeste de son parti que tout militant a le devoir de s’informer auprès des dirigeants, de critiquer leurs actes ou leurs paroles et que toute personne de bonne volonté est bien venue à conseiller le parti pour lui éviter des erreurs fatales !

 

L’ « autoritariste » borné, l’ « inconseillable », est pourtant le chef de parti qui ne préside pas les instances dirigeantes de son parti, qui soumet à la censure de deux à trois membres de l’instance dirigeante ses projets d’articles à publier dans les journaux, à l’exception de ceux qui touchent à la vie religieuse ! En fait, on a transposé mécaniquement sur l’homme politique l’image de l’intellectuel qui défendait, becs et ongles, ses idées à la radio ou à la télé ! Encore une fois, ma porte et mes oreilles sont ouvertes à toutes critiques, conseils, suggestions et propositions.

 

Ils disent enfin que je suis un intellectuel égaré en politique. Ces arbitres des élégances politiques des acteurs politiques feignent d’oublier que le parti de l’égaré a obtenu des sièges de conseiller municipal un an après la création de son parti et des sièges de député trois ans après la création de son parti pendant que des partis, vieux de 10 à 20 ans, n’ont jamais glané un seul mandat électif !

 

Comme accusation de chercheur de prime, ils disent que j’ai accepté, moi le défenseur naguère des déshérités, un cadeau de trois millions pour les fêtes de fin d’année 2002 et que, depuis mon entrée à l’hémicycle, je me tais pour mieux savourer les mets servis. Les trois millions ont été une désinformation à dessein. Un journal est allé jusqu’à dire : « Ce Bado-là, ce Bado auquel on croyait tant, lui aussi a succombé à des dessous de table » ! Etonnante accusation !

 

Quand je pense que j’ai plaidé pour la suppression de l’indemnité de fin de mandat ( de trois millions ! ) pour les députés partants mais réélus, quand je pense que j’ai plaidé pour la suppression de l’indemnité de soutien aux députés sur le terrain (de trois millions), une indemnité que je suis venu trouver et qui était justifiée par les sollicitations quotidiennes dont l’élu est l’objet de la part de la base, je mesure le degré de rage canine atteint par mes adversaires pour m’enterrer vif politiquement, sans autre formalité que la médisance et sans autre loi que de me verrouiller la porte du pouvoir au profit de coquins copains.

 

Mon silence depuis mon entrée à l’Assemblée, c’est le dernier argument d’un esprit sans argument, la dernière raison d’une raison désarmée mais voulant à tout prix démontrer que le faux porte-parole des exclus a atteint son objectif. Ce silence ne peut être qu’un tonnerre dans les oreilles d’un sourd-né. On a feint encore d’oublier d’abord que depuis mon engagement politique, la radio et la télé ont l’hypertension à l’idée de m’inviter à un débat public comme autrefois.

 

On a oublié ensuite que je n’ai jamais cessé d’écrire, de donner des conférences et des interviews. On a oublié enfin que je prends la parole à l’hémicycle sur de graves sujets et non sur tout sujet comme pour laisser croire au peuple que je suis actif. Pis ! on a oublié que j’ai proposé neuf ( 9 ) lois en dix- huit ( 18 ) mois de législature, ce qu’aucune Assemblée n’a jamais réalisé durant tout son mandat ! Ces propositions de lois, toutes rejetées, portent sur :

 le renforcement du crédit de l’Etat (comment établir la confiance entre l’administration et les administrés ),

 la vignette auto (demander aux possédants une petite contribution complémentaire destinée à offrir de meilleures conditions de vie et d’études à nos étudiants),

 le statut de la chefferie coutumière (reconnaître le rôle de la chefferie dans l’action administrative et lui interdire toute immixtion dans la politique moyennant une certaine prise en charge),

 l’animalité, la pédophilie et le mariage de personnes de même sexe (criminaliser ces comportements attentatoires à la dignité et la vocation de l’espèce humaine),

 la fréquentation des débits de boissons par les mineurs de moins de 16 ans (renforcer les moyens de contrôle),

 le délit d’apparence (renforcer la lutte contre la corruption en traduisant en justice ceux dont le standing de vie est manifestement au-dessus de leurs revenus officiels),

 le nomadisme politique des élus ( prévenir l’immoralité des députés qui se font élire sur la liste d’un parti et qui, une fois montés la haut, quittent ce parti pour rejoindre d’autres sommets partisans plus attractifs ),

 l’assurance pour le crédit de salaire (garantir le paiement des salaires et / ou des droits du salarié en cas de turbulence financière de l’entreprise ou de liquidation judiciaire en les assurant comme un véhicule auprès d’une compagnie d’assurances ) et

 les négociation salariales (reprendre, dans la loi de 1998, une disposition utile de la loi de 1988 prévoyant la concertation syndicats de fonctionnaires - gouvernement pour la détermination de l’ évolution des salaires dans la fonction publique).

 

Contrairement donc aux insinuations tendancieuses, je ne dors pas depuis mon entrée à l’Assemblée. Ceux qui le disent ont une sombre idée derrière la tête : ils auraient voulu me voir gesticulant à l’hémicycle, ridiculisant des ministres, rapetissant les élus de la mouvance présidentielle, en sorte que j’étais disqualifié tôt ou tard pour prétendre à la magistrature suprême de mon pays. Et j’ai vu le piège.

 

Et pendant qu’ils me trouvent silencieux, mes Philistins ne se donnent aucune minute de lassitude pour travestir ma proposition de loi relative à la vignette auto. Alors que je n’ai visé que les véhicules quatre (4) roues, ils racontent, toute honte bue et toute dignité humaine cessante, que je veux rétablir les plaques ! Que Dieu ait pitié d’âmes aussi damnées !

 

"J’ai travaillé 7 mois sans un kopeck"

 

Comme accusation de « mouvancier », j’ai entendu dire pêle-mêle que j’ai accepté un poste de commissaire à la réforme et à la modernisation de l’administration, puis un poste juteux à Tanger au Maroc, que je voue un culte à des personnalités du régime, que j’ai été gratifié d’un jardin et d’un barrage dans mon village, que le régime m’a acheté à coup de millions. Un vrai délire.

 

Le poste de commissaire à la modernisation de l’administration n’était pas un poste politique mais technique. C’est le ministre de la fonction publique et de la modernisation de l’administration qui m’avait sollicité pour examiner les travaux de la première Conférence Annuelle de l’Administration Publique ( CAAP ) en me prévenant que, n’ayant rien pour me désintéresser, il me ferait des contrats auprès du PNUD pour pondre les réformes retenues à la suite de la CAAP.

 

Mais voilà qu’après la CAAP, le ministre m’appelle pour me tenir ce langage : « Au lieu de contrats, il serait plus indiqué que tu (j’étais familièrement tutoyé par lui !) te joignes à mon équipe de commissaires à la réforme et à la modernisation en vue, non seulement d’élaborer ces réformes, mais encore de suivre leur application qui sera confiée à tes propres anciens étudiants car, en cas de mauvaise application, ce sont tes réformes elles-mêmes qui seront jugées médiocres ». Et le ministre de m’assurer que je serai alors pris en charge par le PNUD comme les autres. J’ai donc accepté la proposition pour mon honneur intellectuel.

 

J’ai travaillé pendant sept (7) mois au ministère sans recevoir un seul kopeck. Au septième mois, j’ai surmonté ma gêne pour poser au ministre le problème de ma prise en charge. A mon grand étonnement, il me répondit en me regardant droit dans les yeux : « qu’est-ce que tu attends pour prendre la carte du parti ? ». J’ai immédiatement démissionné et porté le différend devant le Premier ministre qui a reconnu mes droits. Mais le ministre ayant convoqué ma famille, moi présent, pour demander pardon, j’ai renoncé à mes droits qui s’élevaient à plusieurs millions de francs !

 

Mon poste juteux à Tanger, au Maroc, relève de l’imagination diabolique. Cette fausse nouvelle visait à faire croire aux militants du PAREN, aux hommes de bonne volonté que la politique était pour moi un tremplin pour assouvir des ambitions matérialistes élevées.

 

Mon culte à des personnalités du régime et le don à moi d’un jardin assorti d’un barrage dans mon village a été un coup bas douloureux pour moi, d’autant plus qu’il a été asséné par le journal de Norbert ZONGO ! Un croyant ne peut vouer un culte qu’à Dieu ! Je ne peux pas vouer un culte à Roch Marc Christian KABORE que j’ai rencontré quatre fois dans ma vie et avant mon engagement politique. C’est l’un de ses amis, devenu mon ami, qui m’avait demandé de lui prodiguer critiques, suggestions et propositions pour la réussite de son mandat de Premier Ministre.

 

Cet ami m’a conduit une fois chez Rock, a conduit Rock une fois chez moi, et nous nous sommes retrouvés une fois ensemble chez lui ! J’ai rencontré Rock pour la quatrième fois dans son bureau pour plaider la cause d’un parent en difficulté en Côte d’Ivoire !

 

Le régime ne m’a attribué ni un jardin, ni un barrage dans mon village. Les arbres de mon jardin sont plus vieux que moi et que tout autre membre du gouvernement ! C’est le fruit du travail de feu mon père qui a introduit, à partir de 1933, le maraîchage dans la région et qui avait l’honneur et le privilège de recevoir chez lui, dans la simplicité, le Président Maurice YAMEOGO qui l’a décoré par trois fois.

 

Quant au barrage, appelé « Nantu-Nangoro », c’est-à-dire « le trou des pieds d’éléphants », c’est un plan d’eau dont on ignore l’âge et dont l’actuel gouvernement a décidé d’élever la digue affaissée pour une plus grande retenue d’eau en vue de la création d’un périmètre du député (aménagement hydro-agricole offert à des exploitants ruraux sous la supervision, le suivi et le contrôle du député de la région).

 

Quand "L’indépendant" a publié ces fausses nouvelles, j’avais voulu le traîner en justice. Mais réalisant que j’allais le faire condamner à une forte amende qui le déstabiliserait, j’y ai renoncé en lui répondant (et quand on répond, on ne peut plus attaquer en justice !) par respect pour la mémoire de ce héros national avec lequel j’entretenais d’excellentes relations de fraternité.

 

Ma corruption par le régime a de quoi à la fois me faire rire pour ce que je suis et pleurer sur la malhonnêteté ambiante au pays des hommes intègres. Je le proclame d’entrée de jeu : s’il n’y a que deux personnes incorruptibles au Burkina, j’en suis ; s’il n’y a qu’une personne, je le suis. Je déclare solennellement qu’à partir de ce jour, quiconque me traitera de vendu, de corrompu, aura à en répondre devant la justice.

 

Frères et sœurs, aujourd’hui est un grand jour pour moi ; je m’en vais laver l’affront de corrompu dans le sang rouge de la vérité la plus pure. Ouvrez les oreilles : le samedi 24 janvier 2004, le Président de l’OBU, Emile Paré, m’invitait à Yampoutin pour me rendre compte d’un entretien qu’il a eu avec un envoyé de Blaise Compaoré. Quand il m’a résumé l’objet de l’entretien, je suis tombé à la renverse et j’ai noté dans mon agenda de ce jour (le voici !) : « il se croit plus intelligent que moi cet envoyé ? Jamais aucune compromission avec ce régime et s’il finance l’OBU, nous utiliserons cela pour lutter contre lui ».

 

L’envoyé ayant demandé à nous rencontrer sans délai, j’ai fixé le rendez-vous en mon domicile pour le lendemain dimanche 25 janvier en prenant soin de dire à Emile de bien noter les déclarations de l’envoyé et après avoir mis au courant un membre de l’instance dirigeante de mon parti, M. Bado Victor, que le pouvoir veut s’entretenir avec les premiers responsables de l’OBU ce soir à 21 heures.

 

Emile Paré et l’envoyé sont arrivés chez moi avec une heure de retard. Après l’eau de l’étranger, l’envoyé a dit : « J’ai été instruit par le Président du Faso pour rencontrer le grand frère Bado ». Je l’ai interrompu : « Pourquoi alors avoir passé par Emile Paré ? ». Il a répondu : « Parce que tout le monde sait que vous avez des principes. C’est vous qui avez créé l’OBU, vous qui avez désigné Emile Paré comme Président, et si je venais directement vous voir, oui ou non vous allez me foutre au dehors ? ». Je répliquai que c’est vrai et je lui demandai de dire ce qu’il avait à nous dire.

 

Et voici son propos : « ils sont un cercle restreint qui analyse la situation nationale. Elle n’est pas satisfaisante. Il faut même craindre le pire pour l’avenir. Nous sommes arrivés à la conclusion qu’il nous faut une opposition forte, constructive pour dynamiser notre grand parti et ayant des idées, un programme alternatif pour assurer demain la relève car, nous n’avons pas l’idée de nous éterniser au pouvoir. Avec une telle opposition, notre démocratie sera un modèle aux yeux des bailleurs de fonds et puisque sur 100 F investis au Burkina, 90 F sont donnés par eux, nous aurons plus de financements pour notre économie. Nous avons tenté de susciter cette opposition forte, constructive, dynamisante pour le CDP, mais les opposants se sont révélés malhonnêtes. Tous les opposants que vous connaissez ont été financièrement soutenus par nous dans ce sens, mais non contents d’utiliser cette aide à des fins personnelles, ils sont les premiers à nous insulter, à dire que le régime est corrompu alors qu’ils sont aussi, sinon plus corrompus que nous, à afficher un esprit revanchard ».

 

J’arrêtai l’envoyé d’un ton ferme : « Il ne faut pas diffamer les autres opposants chez moi ». Et l’envoyé, pour convaincre Emile Paré et moi, cita des noms et des montants : la quasi-totalité des illustres opposants (Emile Paré et moi avons la liste) sont cités et les sommes ou avantages matériels reçus sont donnés !

 

L’envoyé a poursuivi en disant qu’Emile Paré et moi, nous avons une nature que personne ne peut changer, que nous ne sommes pas des êtres corruptibles et qu’ils sont trop petits devant nous pour nous tendre des pièges. Il a beaucoup insisté sur l’objectif du pouvoir : créer une vraie opposition capable de pousser le pouvoir à l’action, à l’imagination, à la créativité et capable d’assurer, dans de bonnes conditions, l’alternance démocratique. Il a ajouté que, selon leurs sources d’information, moi Bado, je suis l’opposant le plus crédible en raison de mon honnêteté et de mes idées ; qu’ils souhaitent, en cas de réélection de Blaise, que l’OBU participe au gouvernement pour y apporter aussi la critique ( je l’arrêtai alors pour lui dire de fermer cette parenthèse !) et qu’à l’Assemblée prochaine, l’OBU soit la force de propositions et de critiques qu’ils appellent de tous leurs vœux. Il a terminé en disant que notre parti étant pauvre, ils sont prêts à nous soutenir comme les autres et que son mandataire souhaiterait nous rencontrer en personnes.

 

Après le départ de l’envoyé, Emile Paré et moi avons vérifié si nos notes concordaient. Et elles concordaient. J’ai donné rendez-vous à Emile Paré le lundi 9 février au square « Naba-Koom » pour examiner l’initiative du pouvoir.

 

Pour Emile Paré, ou le pouvoir sait que le peuple n’attend plus rien de lui et, dans ce cas, a confiance à l’OBU pour assurer la relève, ou, se rendant compte que l’OBU est capable de prendre le pouvoir et, dans ce cas, il cherche à nous compromettre pour garder le pouvoir. Dans tous les cas, ajouta Emile Paré, nous devrons être vigilants car lui, il a travaillé avec eux sous la RDP !

 

Pour ma part, j’ai considéré que ce pouvoir ne peut pas prendre cette initiative s’il n’y avait pas réellement péril en la demeure ; que Blaise ayant confessé en décembre 2001 que le pays se trouve à la croisée des chemins et ayant appelé de ses vœux une voie originale de développement, c’est sans doute plutôt qu’il a pris la mesure des choses et, en toute honnêteté, voit en l’OBU et en ses dirigeants la chance du Burkina ; qu’il fallait l’entendre de nos propres oreilles pour savoir quelle décision prendre.

 

Le mercredi 31 mars, Emile Paré et moi sommes reçus par le Président du Faso. J’avais dit à Emile que je n’accepterai de répondre à l’invitation que si nous sommes reçus en plein jour à la Présidence ou alors au siège de son parti ou encore dans une villa privée si la rencontre avait lieu la nuit. Ce ne fut pas le cas et je m’en suis plaint à Emile.

 

De retour de la rencontre, Emile Paré m’informe qu’aux dires de l’envoyé, il sera alloué à l’OBU 45 millions en trois tranches de 15 millions. La nuit du 31 mars, j’ai passé le temps à mon bureau pour examiner la situation : fallait-il accepter ou refuser cette aide inattendue ? J’ai fini par me décider à accepter au regard des éléments d’appréciation suivants :

 

1) si le régime veut aider l’OBU à devenir un grand parti de l’opposition susceptible d’assurer l’alternance, c’est que ma nuit du 24 janvier 1967 n’était pas une simple illusion ;

 

2) le régime sait parfaitement que je suis un homme de caractère et d’idéal et que, si je recherchais des privilèges en ce monde, j’aurais eu une place de choix sous la Révolution et sous la 4ème République. Sous la Révolution, mon co-beau (Ouatamou Lamien) et mon cousin du village (Paulin Bamouni) me pressaient de rencontrer Sankara qui avait fait siens mes principes d’action économique (compter sur soi, produire et consommer national) énoncés dans « Refaire la Haute-Volta » (paru en janvier 1981) et qui leur avait dit qu’il échouerait s’il ne m’entendait pas, d’où mon courage à critiquer le CNR en octobre 1986.

 

Sous la 4ème République, Blaise Compaoré a manifesté de l’admiration pour mes idées, m’a invité pour échanger par neuf (9) fois du samedi 5 octobre 1991 au lundi 13 novembre 1995, a soutenu mon association que j’avais créée pour mettre en application mon « actionnariat populaire », a exprimé le vœu maintes fois de voir le pays disposer d’intellectuels imaginatifs (et tout cela, je l’avais raconté à Emile Paré au début des noces de nos deux partis, tel que reproduit dans le Journal Bendré n°346 du 27 juin 2005, à mon grand étonnement, et lui aussi m’avait raconté en retour son passé politique en vue d’une meilleure connaissance mutuelle).

 

Par conséquent, je doute fort que le régime cherche à tromper Emile Paré et moi ; il doit être sincère en nous demandant d’assumer notre mission, à savoir constituer une opposition forte, constructive, crédible, susceptible d’assurer même la relève ;

 

3) aux législatives de mai 2002, j’ai reçu de certains militants du CDP, et pas des moindres, 1 073 000 F en bons d’essence ou en espèces ! Ces bienfaiteurs m’avaient expliqué leur geste presque dans les mêmes termes : « notre parti est tout puissant et a tendance à gérer le quotidien (ce qui m’a rappelé le propos d’un Ambassadeur qui, m’invitant à déjeuner le mardi 21 mai 2002, a souhaité que je rentre à l’Assemblée pour secouer le CDP qui n’est qu’une machine électorale sans aucune proposition pour le développement du Burkina comme il l’avait déclaré au responsable de ce parti !).

 

"Si tu entres à l’Assemblée, nous sommes sûrs que tu nous rendras service ainsi qu’au pays. Ne te décourages pas. Nous comptons sur ton parti pour l’avenir de nos enfants". J’ai informé le bureau politique du PAREN de tous ces dons sans donner les noms des bienfaiteurs comme ils me l’avaient demandé. Cette aide inattendue a beaucoup servi à la campagne du PAREN. Par conséquent je ne suis pas étonné que le régime veuille agir dans les mêmes dispositions d’esprit que ses bienfaiteurs : aider l’OBU à devenir un contrepoids du méga parti dans l’intérêt du pays et pour le meilleur de la démocratie.

 

4) Si le régime a tenté de susciter une opposition digne de ce nom, si les autres opposants soutenus à cet effet ont déçu, si Emile Paré et moi nous refusons l’aide proposée, il est fort à parier que le régime, qui est pessimiste sur l’avenir du pays, suscite la création d’un parti d’intellectuels qui viendront maltraiter à dessein tous les opposants, y compris Emile Paré et moi en vue de répondre à son besoin exprimé !

 

5) Enfin, qui peut croire au Burkina Faso qu’Emile Paré (dont l’envoyé lui-même m’a dit en sa présence qu’il avait refusé un poste ministériel de son choix en argumentant qu’il n’est pas d’accord avec l’orientation du régime !) et moi (qui ai battu le record de démissions dans l’administration, même quand les postes étaient juteux comme ceux de chef de service du recouvrement et du contrôle des risques à la BND et de DG de l’ENA !) sommes attachés à l’argent !

 

Le vendredi 2 avril 2004, Emile Paré recevait 15 millions. Je lui ai dit : « Tu vois, petit frère, les Burkinabé sont méchants et dès qu’on parle d’argent, ils ne réfléchissent plus. Recevoir de l’aide pour réussir notre ambition, ce sera manger chez Blaise quand ils l’apprendront. Et ils l’apprendront un jour car, comme c’est écrit, ce qui est voilé sera un jour dévoilé et ce qui est secret sera un jour publié. N’oublie pas que des militaires nous ont vus entrer chez Blaise la nuit ! C’est pourquoi, je prends seul la responsabilité de cette affaire pour que, même si les gens venaient à nous juger sans aucun discernement ni bon sens, toi au moins tu sois épargné. Je te demande de prendre une partie pour la mise en place des structures de l’OBU, une autre pour ton parti et la 3ème pour mon parti.

 

Faisons un état d’exécution de toutes les dépenses que tu transmettras à nos bienfaiteurs afin qu’ils constatent que l’aide allouée a été utilisée pour le renforcement de nos partis et pour l’assise territoriale de l’OBU ». Voici l’état d’exécution des 6 millions qui sont revenus au PAREN et qui ont été dépensés du 3 avril 2004 au 9 mai 2004 pour soutenir les structures, satisfaire des demandes d’associations, motiver des personnes ressources contactées pour travailler pour le PAREN, contribuer à des œuvres de bienfaisance telle que l’octroi à la députée Kanyoulou de la somme de 250 000f pour son évacuation en France, acheter un véhicule d’occasion pour le parti, réparer le véhicule d’un membre du bureau politique en laissant ma 4/4 de côté que j’avais endommagée par deux fois dans mes courses folles en province pour le parti (ces dommages sont encore visibles sur les 2 côtés du véhicule !)

 

Quand j’ai demandé à Emile quelque temps après quelle a été la réaction de nos bienfaiteurs à l’examen de nos états d’exécution des dépenses, il m’a répondu que lui, il n’a pas jugé utile de les leur adresser ! J’ajoute ce détail important : je m’étais permis d’informer le Secrétaire Général de mon parti de la « subvention » accordée à l’OBU pour la réussite de notre ambition partagée par le pouvoir en lui demandant le top secret, vu que c’est lui qui rentre en contact direct avec nos structures tant pour les informations que pour la répartition des ressources du parti.

 

Les choses allaient ainsi quand le dimanche 23 mai, Emile Paré m’informe qu’un gendarme a déclaré dans le kiosque à café près de son siège, en présence de son gardien, que nous deux avons été reçus par Blaise Compaoré ! Le mardi 1er juin 2004, Emile Paré recevait une 2ème tranche de 15 millions. Voici l’état d’exécution des dépenses faites par le PAREN du 1er juin 2004 au 9 août 2004 : les structures ont été appuyées à hauteur de 4 470 500 F ; le reste a servi à motiver encore des personnes ressources, à envoyer des missions dans les provinces, à contribuer au financement d’activités rémunératrices de groupes acquis à la cause du parti.

 

J’ai eu seulement à y prélever pour acquérir un téléphone portable à la suite du vol du mien. La 2ème tranche a été la dernière. Toutefois, en septembre 2004, Emile Paré a élaboré un devis des frais de la campagne présidentielle du candidat de l’OBU, s’élevant comme vous le constatez dans le document que voici à 1 457 550 000 F après qu’il m’eût informé auparavant que le pouvoir s’était dit prêt à nous aider à hauteur de 100 millions ou plus ! Je n’ai jamais appelé ce budget prévisionnel en discussion jusqu’à aujourd’hui !

 

Frères et sœurs, voilà l’histoire de la corruption des premiers responsables de l’OBU. A chacun de juger. Moi je me sais droit comme un teck de Pabré et mon honneur, ma dignité, ma droiture morale et intellectuelle n’ont pas de place au marché de Zabre-Daaga.

 

"Emile Paré trompe l’opinion publique"

 

Comme accusation de fossoyeur de l’OBU, et même du PAREN, j’ai de la peine à avaler ce cocktail d’absurdités. Si le combat pour la vérité est le plus dru et le plus brutal de tous les combats d’hommes, il s’impose à moi de clamer que la classe politique Burkinabé n’en est pas une. Les politiciens de ce pays ne sont généralement rien d’autre que des orpailleurs déguisés en défenseurs intransigeants de l’intérêt populaire.

 

En cela, ils ont créé et entretiennent une atmosphère qui favorise toutes les intrigues, toutes les trahisons, toutes les pourritures. Il est alors aisément compréhensible que les hommes politiques de caractère, par nature, par vocation et par destination, peu malléables et manœuvrables, fassent l’objet de tous les refus, de tous les rejets et de tous les rebuts de la part des politiciens véreux au cœur aride, surtout quand ces derniers sont dans l’ordre moral ce que sont les monstres dans l’ordre physique.

 

Voilà déjà certains, prenant le peuple pour un âne de Loropéni, se déclarent adversaires de Blaise ! Moi, je me déclare seulement l’adversaire de la politique menée au Faso.

 

A SUIVRE...

Publié dans Droit de réponses

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