Laurent Kilachiu Bado : “Il n’y a rien dans l’opposition burkinabè” (suite)

Publié le par Parti de la Renaissance Nationale

S. : Le mois d’août est celui des indépendances africaines ; quel bilan faites-vous de ces Indépendances ?

 

L.B. : Ce sont des gesticulations qui ont seulement une résonance historique, et sentimentale. Nous avons pris nos indépendances parce qu’il fallait faire comme le Viêt Nam ou l’Algérie et parce qu’il y avait une certaine élite qui caressait le rêve de devenir président. Où est cette indépendance quand nous copions mécaniquement l’ex colonisateur et mendions auprès de lui pour survivre ? Les fêtes de l’indépendance ne correspondent présentement à rien. C’est d’ailleurs pourquoi il n’y a plus de grandes manifestations le jour anniversaire. Sous Maurice Yaméogo, attention ! Toute la nation entière défilait. Maintenant, on fait seulement les décorations (décorations d’ailleurs des bandits comme l’a souligné le Grand Chancelier) à la place de la nation et ça suffit. C’est un épiphénomène ; en somme on n’est pas encore indépendant. On le sera quand on trouvera une voie originale de développement propre à nous.

 

S. : Est-ce à dire que les indépendances sont une désillusion pour les populations ?

 

L.B. : Evidemment, je n’ai pas besoin de le dire. Dans les années 60, les paysans vivaient bien ; il pleuvait très bien et il y avait la solidarité ; les valeurs étaient encore sacrées. Aujourd’hui, c’est le sauve-qui-peut dans tous les ordres, personne ne veut s’occuper de personne, surtout moins de l’avenir de nos enfants. En outre, il y a la sécheresse et les poches de famine récurrente. Les gens sont donc découragés ; ils ne savent pas où aller. Indiscutablement, les anciens regrettent la colonisation ; il ne peut en être autrement quand on vit de moins en moins bien et qu’on a perdu tout repère dans la société.

 

S. : Comment s’en sortir avec les doutes sur l’histoire et le piège des langues ?

 

L.B. : Quelle histoire et quel piège ?

 

S. : Les désillusions sans fin !

 

L.B. : Vous voulez dire le processus de sous-développement ?

 

S. : Oui !

 

L.B. : Là on demande aux politiciens d’être de vrais hommes politiques, d’avoir un vrai programme cohérent de gouvernement. Quand vous prenez le PAREN, nous avons un projet de société, soutenu par une doctrine ; et un programme de gouvernement quantifiable, mesurable et contrôlable. Quand nous disons que nous allons faire ceci, nous disons d’où viendra l’argent. C’est ça un programme de gouvernement... Je vais développer l’éducation, je vais développer la santé, ça ce n’est pas un programme de gouvernement ; c’est une lettre d’intention ! Le difficile, c’est faire comprendre au peuple le bien-fondé de son programme et la nécessité de s’approprier le processus de développement. La langue n’est pas un obstacle puisqu’il y a des pays avec plusieurs langues comme la Suisse, la Belgique...

 

J’avais un professeur qui avait la chaire du droit du développement à l’Institut International d’Administration Publique de Paris, du nom d’Eugène Scheffer, qui était critiqué par tous les autres, pourtant il avait raison en parlant du développement en termes de syllogisme à savoir qu’il ne peut y avoir de développement sans changement des comportements individuels et collectifs des Africains, sans transformations mentales, et qu’il ne peut y avoir transformations mentales sans des institutions juridiques, économiques, politiques, sociales, adaptées au milieu. Il terminait par une phrase admirable : “Une belle voiture Ferrari conçue pour les autoroutes italiennes n’est pas sûre de tenir sur les pistes du Sahel”. Voilà la vérité ! Et c’est ça que le Nègre n’est pas arrivé à comprendre. Nous sommes très riches, trop riches, mais nous avons les populations les plus défavorisées, parce que nous n’arrivons pas à trouver la voie.

 

Vous vous souvenez qu’au Japon, le développement n’est pas entré par une élite. C’est par la base. Le chef traditionnel dirige ses fils dans sa petite entreprise agricole. Le soir, ils sont là en Kimono comme chez nous en Afrique.

 

C’est lui qui se sert le premier, le premier fils suit, jusqu’au benjamin. Du coup, le chef de famille a réussi à gérer de façon managériale l’entreprise agricole et, comme il est le chef de famille, il maintient les valeurs. Chez nous, c’est une élite formée à New York, à Paris...qui arrive et veut faire le bien du peuple. Le malheur, c’est qu’elle ne sait pas bien le faire. Voilà le malheur des Africains. Un processus de développement non accepté, assimilé par le peuple est voué à l’échec.

 

S. : Quelles analyses faites-vous des bombardements israéliens contre le Hezbollah ?

 

L.B. : Je ne me prononce de façon sûre que quand j’ai tous les éléments d’un dossier. Je ne suis pas un homme politique qui prend position pour des raisons opportunistes autres. Je ne peux dire à l’heure actuelle que je connais toutes les pièces du dossier libanais. Je puis cependant dire que la crise au Liban, c’est le fruit d’un mensonge entretenu par les Arabes, par les Israéliens et par la communauté internationale dont notamment les Etats-Unis. C’est une conjugaison de trois gros menteurs au monde. Après 1945, on dit aux Israéliens, qui avaient été chassés et dispersés à travers le monde de retourner dans leur terre. Automatiquement, les Arabes disent non et demandent la destruction d’Israël comme si la Palestine ne leur appartenait pas non plus. L’OLP s’est créée, s’est donné pour objectif la destruction d’Israël !

 

C’est ça qui a échaudé Israël qui a tellement souffert dans le passé. En avril 1987, Yasser Arafat est allé voir Gorbatchev qui était en train de faire sa Perestroïka. Gorbatchev lui a dit qu’il n’était pas prêt à le soutenir tant qu’il ne renonce pas à la destruction d’Israël. Donc, le premier mensonge est le fait que les Arabes ne veulent pas de l’existence d’Israël. Le second mensonge est le fait que les Israéliens, après la guerre de 1967 ont annexé une partie de la Palestine et le sud Liban, refusant même de remettre ces terres comme l’exige une Résolution des Nations-unies.

 

Et ces mêmes Israéliens exigent l’application d’une résolution des Nations-unies exigeant le désarmement du Hezbollah. Pour ma part, le problème aurait été déjà résolu si Israël remettait les terres en disant à la communauté internationale qu’il les reprendrait définitivement au cas où les Palestiniens en profiteraient pour l’attaquer de nouveau. Le problème sera encore résolu si les Palestiniens s’en remettaient entièrement à la communauté internationale sans perpétrer des attentats en Israël. Quant à la communauté internationale, son mensonge est de supporter davantage les Israéliens en n’exigeant pas leur retrait des terres occupées, ni le désarmement effectif du Hezbollah. Nous voilà donc au bord d’une troisième guerre mondiale !

 

S. : Israël peine à maîtriser le Sud Liban, est-ce à dire que l’armée israélienne a perdu de sa superbe ?

 

L.B. : Je ne sais pas. Je sais seulement qu’il ne lutte pas contre un Etat, mais contre une organisation qui se dissout dans la population civile. Il tente de l’épargner, mais ce n’est pas facile avec des militaires qui s’abritent derrière des civils, la guerre c’est la guerre.

 

S. : Que répondez-vous à ceux qui disent que la guerre au Proche-Orient est un conflit de civilisation ?

 

Conflit de civilisation peut être ; je ne peux-être affirmatif. Je sais seulement que les Arabes rejettent l’Occidentalisation comme projet politique, économique, socio-culturel universel. Le seul reproche que je leur fais c’est d’opposer à la civilisation occidentale leur religion musulmane. Pour moi, la religion doit inspirer la conduite des croyants et non pas être instrumentalisée à des fins politiques.

 

Je suis d’accord avec les Arables quand ils défendent leur identité culturelle. Il n’y a pas de raison que les Blancs trouvent normal le mariage de personnes de même sexe, et juge la polygamie comme étant une barbarie. De même, les droits de l’enfant reconnus par la convention onusienne sont en contradiction avec la place de l’enfant dans les sociétés arabes et africaines : droit à une nationalité différente de celle de ses pères, droit à sa religion, droit à sa vie et à sa correspondance privée, droit d’association, droit de recevoir et de répandre des idées de toute espèce, comme si l’enfant était déjà un majeur capable de discernement ! Les Arabes ont raison de rejeter une société occidentale permissive, atomisée, déstructurée et rendant un culte à l’homme et à l’argent et non pas à Dieu. Bravo pour eux de rester eux-mêmes pendant que les Africains ploient le genou devant les idoles occidentales.

 

S. : Comment interprétez-vous l’avènement du président béninois Yayi Boni ?

 

Je ne le connais pas ; mais je le félicite car on sent que c’est un patriote. Le quartier latin de l’Afrique s’embourbait dans la misère et Yayi Boni a trouvé cela anormal. Il a su convaincre ses concitoyens de son programme, et il a le sens de la parole donnée. Il gère par consensus, écoute les intellectuels et le peuple contrairement aux autres présidents africains qui très souvent ont horreur des intellectuels de leur pays.

 

S. : Comment voyez-vous l’issue de la crise ivoirienne ?

 

L.B. : Au moment où je suis en train de vous parler, je ne vois pas d’issue. Je pense que les Ivoiriens risquent toujours de s’affronter. Les audiences foraines, pour la partie gouvernementale, c’est une technique pour permettre à des étrangers de s’ivoiriser rapidement. Cela permettra à quelqu’un d’autre que Gbagbo d’être élu président. C’est pourquoi les pros Gbagbo s’y opposent. Ces audiences foraines sont donc le noeud gordien du drame ivoirien. Quand l’une ou l’autre partie se rendra compte que le corps électoral n’est pas en sa faveur, les choses se gâteront : ça passera ou ça cassera.

 

De toute évidence, le parti présidentiel n’entend pas l’alternance de cette oreille. Laurent Gbagbo a passé les cinq années, non pas à gouverner mais à veiller à l’accident final. Il ne peut pas partir dans ces conditions, d’autant plus que s’il part, il ne sait pas à quelle loi on va le manger, donc il fera tout pour conserver le pouvoir ; et ce sera aussi dans l’intérêt de tout ceux qui l’ont soutenu en commettant des crimes, des exactions, des violations des droits humains.

 

S. : Que dites-vous de la passation de pouvoir à Cuba, entre Fidel Castro et son frère ?

 

On chantait la démocratie populaire et on se rend compte depuis 1989, que c’est la pire de tous les régimes.

 

Castro est au pouvoir depuis des décennies, c’est toute honte bue qu’il passe le témoin à son propre frère. Où est le peuple dedans ?

 

Les dictatures modernes ont changé leur forme : elles se sont appelées démocratie populaire, par exemple dans l’ex URSS, sous Lénine, il y a eu plus de prisonniers politiques que sous toutes les monarchies occidentales. En 5 ans, la Tcheka (police politique) a tué un million huit cent soixante trois mille personnes, fusillées pour appartenance de classes. Le socialisme aujourd’hui est un fossile ; il s’est effondré sur ses fondements idéologiques bancals.

 

On ne parle plus de socialisme, c’est un fossile. C’est pourquoi, j’ai pitié des intellectuels et politiciens africains qui le prônent, car ce sont des menteurs de classe exceptionnelle, des anacondas politiques et autre piranhas préparés à bouffer du peuple. Le vrai socialisme, le socialisme à visage humain, c’est le grégarisme africain. Chez nous on pratiquait la devise des trois mousquetaires, à savoir « un pour tous, tous pour un dans tous les domaines ». Nous n’avons donc pas besoin de mimer le socialisme. Nous pouvons, au besoin trouver dans les entrailles de nos poulets plus d’idées justes pour nous développer que les sciences libérales et socialistes ne peuvent en comporter.

 

S. : La Mauritanie a connu un coup d’Etat, cinquième du genre, alors que l’Union Africaine récuse les régimes issus des putschs ; quelle en est votre analyse ?

 

L.B. : Les Occidentaux ne sont pas à une contradiction près : il n’y aurait pas de coup d’Etat si le jeu de l’alternance se faisait correctement ! Il y a coup d’Etat parce que des individus, parvenus au pouvoir, se refusent à le quitter contre la volonté populaire.

 

Lorsqu’un parti passe le temps à frauder aux élections, à exercer des pressions sur l’électeur, à acheter l’électeur pauvre (au Bénin, les dons pendant la campagne électorale sont interdits), sa victoire est une défaite cuisante que son manque de moralité fait qu’il ne le reconnaît pas. C’est un usurpateur. Dans l’impossibilité de changer le pouvoir par le droit (les urnes), le peuple a le droit et même le devoir d’obtenir le changement par la force. Cela est énoncé dans la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis.

 

Dans son magistère, l’Eglise catholique reconnaît également au peuple le droit de recourir à la violence pour obtenir le changement souhaité :« Si le dépositaire du pouvoir dans l’Etat se rend par les mesures graves qu’il prend indigne de la mission que Dieu et les hommes lui ont confiée, ceux qui l’ont choisi ont le droit de lui donner, par tout moyen légal, un successeur ; s’il s’oppose à l’usage des moyens légaux, il n’est plus qu’un usurpateur ; dès lors, la révolution devient un moyen de légitime défense et les citoyens peuvent l’employer, pourvu qu’ils soient moralement sûr d’en tirer un avantage vraiment appréciable ».

 

Soyons franc. Personne n’aime son pays plus qu’un autre a priori. Donc, acceptons l’alternance démocratique, ne serait-ce que pour nous éviter un mauvais réveil après un semblant de bon sommeil.

 

S. : Le magister de l’Eglise catholique n’est peut-être pas un bon exemple ! Quand on regarde cette église dans son évolution, le pape même s’il n’est plus efficace, il est là.

 

L.B. : Il faut parler des choses qu’on maîtrise. D’abord, il faut distinguer l’Eglise de l’Etat, la Cité de Dieu et la Cité des hommes. Ensuite cet enseignement de l’Eglise ne fait que rejoindre le droit positif et le bon sens commun. Si le peuple confie son pouvoir à quelqu’un par les urnes, le peuple n’a-t-il pas le droit de le lui retirer par les urnes ? Et si ce fameux représentant du peuple refuse de partir, vous condamnez donc le peuple à le supporter ! On n’a pas besoin d’être un intellectuel de haut niveau pour comprendre ça. La vérité, c’est que l’élu est chargé de rechercher le bien commun ; s’il est incapable de le réaliser, s’il cherche son seul intérêt personnel et celui de son clan, c’est le droit de celui qui l’a mandaté de le chasser de gré ou de force.

 

La différence entre un président et le pape, c’est que le président tient son pouvoir du peuple tandis que le pape même élu par des cardinaux ou même par le peuple comme au moyen âge ne représente pas ses électeurs et n’exprime pas la volonté de ces derniers : il représente Dieu sur terre et exprime la volonté divine.

 

S. : Et si le gouvernant incarne les vertus du peuple, est-ce qu’il ne peut pas demeurer longtemps à sa place ?

 

L.B. : Le peuple vise quelque chose ; il a des objectifs précis et c’est ce qu’on appelle grosso modo intérêt général ou bien commun. Si son représentant fait bien son travail, je ne vois pas d’inconvénient qu’il soit réélu même indéfiniment, mais à la seule condition qu’il n’y ait pas fraude électorale, falsification.

 

S. : Actuellement, le phénomène migratoire est d’actualité ; en tant qu’intellectuel, comment vous l’appréciez ?

 

L.B. : je n’apprécie pas, je constate que les jeunes Africains fuient leur pays pour prendre d’assaut les frontières occidentales. Les requins les bouffent et les survivants recommencent. Ça traduit l’échec du continent noir, l’échec de l’élite politico bureaucratique africaine. Sinon, ce ne sont pas les richesses qui nous manquent ! Le Japon n’a pas les richesses du sol et du sous-sol africain, et il est la 2ème puissance. Pendant ce temps,le Gabon qui est un pays qui a un million trois cent mille habitants seulement, l’or, l’uranium, le manganèse l’Okoumé (meilleur bois comme celui du chêne), le pétrole...a des populations aussi pauvres que le Burkina Faso. On peut citer d’autres pays africains immensément riches comme l’Angola, les deux Congo, la Côte d’Ivoire, deux des trois Guinée, le Cameroun, la Centrafrique...

 

C’est donc que nous avons des incapables notoires à la tête de nos Etats et qui osent dormir tranquillement quand leurs concitoyens se font dévorer par les requins. De tels dirigeants sont des monstres nés qu’il faut chasser du pouvoir si on ne veut pas que les aAfricains descendent au fond de l’enfer

 

S. : En République démocratique du Congo, les élections se sont déroulées, entachées par moments de violences. En tant qu’homme politique, comment voyez-vous l’avenir de ce pays ?

 

L.B. : Il faut regretter ces violences politiques. Mais quand on voit leur ampleur, (elle n’était pas si forte), on peut quand même se féliciter après la dictature de Mobutu. Mais le problème en RDC c’est qu’après le désordre survenu après la mort de Mobutu, on n’avait pas encore fini de soigner les plaies avant d’organiser des élections démocratiques dans ce pays-continent. On peut toujours s’interroger sur l’avenir du processus démocratique. Le “petit” Kabila est venu au pouvoir par accident initial et le voilà cherchant à s’y maintenir, alors que durant toute la transition, il n’a rien pu faire contre la corruption qu’on reprochait à Mobutu. A vrai dire, l’Afrique a besoin de vrais chefs d’Etat et non pas de clowns ou de parvenus, heureux de bouffer.

 

S. : Quelqu’un a dit que vous êtes un très grand intellectuel mais un piètre politique !

 

L.B. : Je répondrai à celui-là, que s’il est meilleur politicien, de se lever tout de suite et de créer son parti politique au lieu de jouir en égoïste de son repos et de sa situation sociale. C’est tellement facile de prendre son salaire, de passer de bonnes nuits avec sa femme et de critiquer les autres de façon légère et irresponsable. Je lui répondrai aussi que le piètre politicien en dépit du manque de moyens et les fraudes électorales a toujours conquis des sièges chaque élection. Je répondrai enfin à cette personne qu’elle ne comprend pas grand chose à la politique. En effet, on n’est pas un bon politicien parce qu’on gagne de bons résultats électoraux. On est un bon homme politique quand, par ses idées neuves, on contribue au changement nécessaire dans son pays. Je suis donc fière d’avoir des idées que de grand intellectuels occidentaux partagent : un Georges Balandier, un Serge Latouche, un Jean Marc Ela, un Pierre Engelhard disent comme moi, mais après moi, que l’Afrique refuse les modèles étrangers.

 

Pierre Engelhard me répète mot pour mot en déclarant que : « l’Afrique a besoin d’une économie populaire ». Cette économie populaire que je propose depuis des décennies correspond à nos traditions ou la propriété privée coexistait avec la propriété collective. J’ai fait seulement de l’industrie le champ collectif moderne qui devra être exploité par l’actionnariat populaire obligatoire. Du coup, moins d’endettement pour financer l’économie, plus d’amenuisement des effets pervers de la globalisation (le peuple capitaliste étant amené à consommer les produis de ses usines quels que soient leur qualité et leur prix pour espérer la dividende), plus de création d’emplois, plus de juste répartition des richesses nationales.

 

Il se peut quand même que d’autres me traitent de piètre politicien dans ce sens que je ne veux pas recourir aux mêmes voies et moyens immoraux que les autres pour accéder au pouvoir. A cela je répondrai que la politique parce que ce sont des idées, n’a rien avoir avec le mensonge, les compromissions ;

 

S. : Si certains disent que vous êtes piètre politicien, c’est peut-être parce que vous avez porté certaines affaires secrètes sur la place publique, par exemple l’affaire des trente millions !

 

L.B. : Si je comprends bien, on est piètre politicien quand on dit la vérité ? En réalité, ce n’est pas moi qui ai porté l’affaire des trente millions sur la place publique ; j’ai été seulement amené à défendre mon honneur et mon intégrité : à la suite de la crise de l’OBU, suivie de la démission des trois députés du PAREN, mes protagonistes ont cherché à me fusiller moralement et politiquement en susurrant que j’ai été acheté par le pouvoir, ne me fallait-il donc pas réagir pour rétablir la vérité ?

 

Les trente millions n’ont jamais été une tentative du pouvoir d’acheter un parti politique. En effet, à la veille de l’atelier de l’opposition pour se désigner un candidat à la présidentielle, le pouvoir a pris contact avec les premiers responsables de l’OBU pour leur dire qu’à ses propres yeux, il est de l’intérêt de l’OBU de présenter son candidat parce que ce parti a un vrai programme de gouvernement et l’on connaît ses deux principaux dirigeants.

 

Pour lui, tout autre candidat est loin d’être un gage de moralité et d’idées valables pour le pays parce qu’il les connaît tous, et parce qu’il a cherché, en son temps à rendre successivement le parti de chacun d’eux plus fort et plus crédible pour être un contre-poids utile et nécessaire au grand parti. Et dans la mesure où le président lui-même respecte mes idées politiques comme déjà vu plus haut, dans la mesure où il sait qui je suis, il a pensé qu’une candidature de l’OBU ferait le bon jeu de l’alternance au Burkina Faso.

 

Paré et moi avons accepté le soutien que le pouvoir a dit avoir donné inutilement aux autres en prenant en compte le fait qu’en 2001 ce président avait confessé que ce pays était à la croisée des chemins (on n’a jamais vu quelqu’un au pouvoir faire une telle déclaration !) et plaidait pour une voie originale de développement (une voie que je défends depuis des années), c’était donc un signe pour nous. J’ai poussé l’honnêteté jusqu’à exiger des deux parties une comptabilité et ça été fait au niveau du PAREN.

 

J’ai poussé l’honnêteté pour ne pas prélever sur la part revenue au PAREN les millions que j’ai personnellement injectés dans le parti depuis sa création, à défaut de cotisations des militants. Ce n’est qu’un portable que je me suis payé (dépense comptabilisée) parce qu’on venait de voler mon portable alors que j’ai payé des portables à des membres du bureau à mes frais. J’ai poussé enfin l’honnêteté jusqu’à faire réparer des véhicules de membres du bureau pendant que deux de mes véhicules ont été foutus pendant la campagne législative et que ma 4X4 a été défoncée à gauche et à droite lors de mes tournées en campagne.

 

Je dois ajouter ceci pour terminer : il y a des partis qui bénéficient de financement occulte, de financement extérieur, le PAREN pas. Pour moi donc, si le pouvoir en place recherche une bipolarisation politique bénéfique au jeu démocratique et au contre-poids efficace du pouvoir, pourquoi refuser ? Wade n’a-t-il pas été financé par Senghor en son temps, qui recherchait une opposition démocratique à son parti Etat sénégalais ? En résumé, je n’ai pas eu du plaisir à dévoiler les choses, mais ma réputation étant mise en cause, mon devoir de réserve devait le céder au droit à la vérité. C’est ce que j’ai fais sans regretter.

 

S. : On vous appelle abusivement professeur puisque vous êtes resté maître-assistant après avoir échoué au concours d’agrégation. Est-ce exact ?

 

Laurent Bado (L.B.) : Un préalable : ne faites pas des affirmations gratuites parce que cela est contraire à la déontologie. Non, je ne me suis jamais présenté à un concours d’agrégation. Après ce préalable, un constat : vous semblez tout ignorer de l’agrégation ! Sachez que l’agrégation n’est ni un diplôme (c’est un titre permettant à son bénéficiaire de passer d’un grade inférieur à un grade supérieur, exactement comme les concours professionnels dans la fonction publique ; c’est le doctorat qui est le diplôme le plus élevé de l’enseignement supérieur), ni la seule voie pour accéder à un grade supérieur, il y a les Comités Techniques Scientifiques (CTS) qui constituent une voie longue.

 

D’ailleurs, il n’y a pas d’agrégation chez les Anglo-saxons (Etats-Unis, Grande Bretagne, Afrique du Sud...), ni dans certains pays européens comme la Belgique et autres. Après ce constat, un simple rappel, j’ai eu personnellement à écrire un jour à l’Observateur Paalga qui en a fait sa Une que je n’avais que le grade de Maître Assistant ! Ceci dit, vous avez visiblement besoin d’être informé sur mon parcours. Le voilà : quand j’ai terminé mes études universitaires, j’ai été écartelé entre être avocat ou magistrat, administrateur civil ou enseignant. Finalement, j’ai opté d’être administrateur civil (fonctionnaire interministériel) et à cet effet, je suis entré à l’Institut Internationale d’Administration Publique de paris dont j’ai obtenu le diplôme.

 

De retour au pays, j’ai été intégré à la fonction publique en qualité d’administrateur public, tour à tour, j’ai été conseiller technique du ministre de la Fonction publique et du travail (par deux fois), chef du service du recouvrement et du contrôle des risques à la BND, directeur du personnel de la Fonction publique, conseiller juridique du ministre chargé des relations avec le Parlement (j’ai élaboré les tout premiers textes organisant ce nouveau ministère). Pendant que j’étais à la Fonction publique, j’étais chargé de cours à l’ENA dont je serais nommé plus tard Directeur, puis Directeur général, puis professeur permanent de cet établissement. C’est en 1984, après une douzaine d’années de Fonction publique que j’ai été envoyé à l’Ecole Supérieur de Droit (l’ESD) pour emploi. J’ai dû donc recommencer une nouvelle carrière.

 

Pendant deux ans, j’étais Assistant. Pour passer Maître Assistant, il fallait précisément totaliser deux ans d’enseignement et présenter au CTS trois publications. En 1986 donc, le Directeur de l’ESD de l’époque, l’actuel député Larba Yarga, me tint à peu près ce discours « l’ESD a été créée en 1979 et, jusqu’à nos jours, elle n’a pas un seul enseignant titulaire ; ce n’est pas bon pour le prestige de mon école. Je sais que si tu te présentes, avec tes publications que l’on sait, tu seras admis. Il faut le faire ».

 

J’ai répondu à mon Directeur que je partageais son souci qui révèle le responsable, mais que malheureusement, la carrière universitaire ne m’intéresse pas ; je savais qu’il y avait une école supérieur de droit, mais je n’ai pas postulé pour y enseigner étant à la fois un théoricien et un praticien, je préfère de loin l’enseignement à l’ENA. On m’a envoyé ici sur une base erronée, irrégulière, mais je compte retourner à l’ENA quand le statut des professeurs permanents sera remis en vigueur. Mon Directeur me répliqua qu’en attendant mon retour à l’ENA, je n’ai qu’à me présenter au CTS. C’est alors que j’ai accepté pour ne pas le décevoir, d’autant plus que je n’avais rien à perdre. J’ai été admis du coup, le premier à être admis au premier essai.

 

Trois ans plus si je ne m’abuse, on m’incite à passer le concours d’agrégation. Là, j’ai refusé catégoriquement pour deux raisons : la première c’est que ce concours faisait l’objet de tractations, de bras longs, de réseaux de relation. J’en fus convaincu, au delà des rumeurs, quand j’ai entendu une émission à la radio mondiale consacrée à l’agrégation ; un professeur Camerounais y déclarait qu’il met au défi le président du jury du concours d’agrégation qui va nier qu’il subit des pressions et que c’est pourquoi, les camerounais préfèrent passer le concours en France. La deuxième raison était que je n’étais pas un enseignant débutant ; je me voyais mal assis devant des petits frères pour me poser des questions alors que j’ai le bénéfice de la pratique que eux ils n’ont pas. En conséquence, je me suis porté candidat au CTS qui étudie les publications et vous juge digne ou pas d’accéder au grade supérieur.

 

Mais voyez-vous, depuis que j’étais devenu Maître Assistant, j’avais constaté quelque chose qui clochait : on ne m’avait jamais fait et jusqu’ici d’ailleurs participer aux travaux des CTS, alors que c’est l’occasion pour les gens de se fréquenter, de sympathiser ! Tous ceux qui sont devenus Maître Assistant après moi, ont eu ce bénéfice. Quand même, j’ai déposé ma candidature pour postuler au grade de Maître de Conférence, la veille de son voyage pour les travaux des CTS, le nouveau Directeur de la Faculté de droit qui était Sawadogo Filiga Michel m’avait téléphoné pour me dire qu’il est certain que je serai admis. Je lui ai répondu que je ne serai jamais admis pour les raisons suivantes : le meilleur enseignant chercheur est celui qui répète les leçons reçues à l’université étrangère, qui défend sous quelques réserves la transposition des institutions européennes en Afrique. L’enseignant chercheur qui au contraire rejette cette transposition mécanique, qui défend les réalités africaines, est d’office hors jeu, hors sujet. Il se trouve que parmi mes publications présentées, l’une d’elle, intitulé « Au delà du libéralisme et du socialisme », un ouvrage de 432 pages, est un missile dirigé contre l’occidentalisation ou l’orientalisation de l’Afrique. Il n’y aura donc pas une seule personne pour juger mes thèses nouvelles avec impartialité et sans parti pris.

 

De retour des CTS, Sawadogo à chercher ses mots pour m’apprendre le rejet de ma candidature. Et quand j’ai reçu le bout de papier (qui doit se trouver encore dans mes affaires) expliquant mon échec, j’ai ri jusqu’à tomber à la renverse ; on y explique le rejet de ma candidature parce que je n’ai présenté que deux publications et que le style était trivial. C’était honteux ! J’avais bel et bien présenté 5 publications et, dans le cas contraire le Rectorat vous renvoie votre dossier pour le compléter. Quant au style trivial, c’était le dernier argument d’un esprit sans argument. C’est le style propre aux ouvrages de science politique, de critique doctrinale ou idéologique. Lisez par exemple un J. D. de Vabres sur l’Etat ou un Duverger sur le marxisme ; ils n’y vont pas par quatre chemins pour combattre les idées des autres !

 

Or, c’est ce style que j’ai adopté pour mon gros ouvrage susmentionné. Pour être certain que ce sont mes idées qui gênent les autres, j’ai concouru une deuxième fois et j’ai eu la confirmation : on m’a reproché cette fois-ci la qualité des travaux, depuis lors, je n’ai rien à cirer avec les grades et je sais ce que je vaux, tout comme les agrégés savent ce que je vaux, et de même mes étudiants. Enfin, je ne crois pas être au-dessous d’un agrégé parce que moi je professe des idées que je publie. Je signale qu’en France, comme dans certains pays africains comme le Rwanda, on distingue désormais entre les professeurs d’école (alias les instituteurs), les professeurs de lycée et collège et les professeurs de lycée.

 

S. : Quelles leçons tirez-vous de l’élection présidentielle de novembre 2005 ?

 

L.B. : En tout cas, j’étais très content parce que mon parti a pu dire au peuple sa façon de voir le développement. Ça été dit dans un style qui pouvait choquer, mais le langage a été choisi pour choquer, pour éveiller les consciences. D’un autre côté, je me réjouis également puisqu’il n’y a pas eu des problèmes sérieux ou toutes autres manifestations d’hostilités ouvertes. Mais bien entendu, Blaise Compaoré avait les moyens qu’aucun autre n’avait. Certains candidats également ont eu la chance d’être soutenus par d’autres partis ou associations étrangères, tandis que moi, j’étais seul, trahi par mes trois députés, et malade. Mais cela ne m’a pas empêché de faire le tour du Burkina avec ma 4x4 et de dire aux Burkinabè ma vision du développement. Pour tout vous dire, j’étais très satisfait, en dépit des défaillances du code électoral, des fraudes organisées et de l’implication des autorités décentralisées ou déconcentrées dans la campagne.

 

S. : Quelle aurait été la place du Tercérisme dans la mondialisation si vous aviez accédé au pouvoir ?

 

L.B. : On appliquerait tout simplement notre programme puisque c’est sur la base de ce programme qu’on aurait été élu. Ce programme n’est pas un repliement sur nous-mêmes. On a beaucoup expliqué, mais il y a toujours des gens qui ne comprennent pas ou qui ne veulent pas comprendre. Prenons un exemple banal : pour que le train marche, il faut des rails. Ces rails représentent nos valeurs culturelles positives. L’agriculture sera la locomotive du train. Une agriculture qui serait en même temps alliée à l’éducation, parce que jusqu’à présent, on ne peut pas parler d’éducation au Burkina. Il vaut mieux à la limite fermer les écoles, les lycées et les universités. Il n’y a rien de bon. C’est une bombe atomique que nous avons posée sous nos pieds.

 

Pour développer l’agriculture, il faut faire en sorte qu’il y ait deux filières parallèles de formation : celle de l’enseignement général et celle de l’enseignement professionnel. Un écolier serait alors admis au CEP et à l’entrée en 6ème en obtenant la moyenne générale résultant de la moyenne des compositions des six dernières années et de la moyenne du certificat actuel. L’écolier qui n’obtiendrait pas cette moyenne générale sera alors orienté vers l’élevage et l’agriculture. C’est après leur formation pratique que les jeunes agriculteurs ou éleveurs sont installés dans les aménagements hydro agricoles, l’Etat pré finançant leurs équipements.

 

On ferait la même chose au niveau du BEPC où les élèves recalés seraient orientés vers la mécanique auto, la maçonnerie, la plomberie sanitaire etc., même procédé au niveau du BAC.

 

De ce fait, dès que l’élève finit ses études, il sait ce qu’il peut faire avec ses dix doigts et son cerveau. Ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle. C’est aberrant qu’on ait aujourd’hui qu’un établissement d’enseignement professionnel contre huit, cinq établissements d’enseignement général. Et l’on s’étonne de voir nos jeunes diplômés occupés nos rues en criant ; cirer !lotus !bonne chance ! Quand ils ne s’improvisent pas en coupeur de route.

 

S. : Comment s’est opéré le choix de votre successeur à la tête du PAREN ?

 

L.B. : Le parti a choisi le meilleur à ce poste, c’est tout. C’est quelqu’un qui me suivait partout quand je donnais mes conférences, surtout à Ouagadougou. Lorsque j’ai créé le parti, il n’a pas hésité un seul instant à me rejoindre. Sincèrement, c’est un garçon battant et qui n’a pas d’ambitions plates. Je l’ai toujours dit, je ne veux pas d’ambitieux plats. Si quelqu’un cherche des postes, il ferait mieux d’aller voir ailleurs. Nous, nous assumons le rôle le plus ingrat dévolu à un parti politique, c’est-à-dire conscientiser le peuple en lui expliquant ce qu’est un parti politique, ce qu’est la démocratie ainsi que la priorité des priorités du point de vue de notre parti. Après la conscientisation, on pourra maintenant chercher le pouvoir d’Etat. En créant le parti, nous nous sommes donné six ans pour cela uniquement. Et si nous participions aux élections, ce n’est pas pour les postes, c’est tout simplement pour pouvoir profiter de cette tribune pour faire comprendre notre message au peuple.

 

S. : Avez-vous toutes les composantes linguistiques au sein de votre parti pour faire ce travail de conscientisation ?

 

L.B. : Le parti n’est pas uniquement constitué que de Gourounsi. Il est implanté partout, même chez les Bissa mes esclaves. A Gorom-Gorom, j’ai eu un excellent score à la présidentielle. Il y a plein de cadres dans mon parti qui parlent différentes langues de ce pays et qui peuvent bien expliquer aux paysans ce qui se passe dans ce pays. D’ailleurs, j’ai maintenant changé complètement la forme de mon parti. Avant, c’était un parti de masse. C’est inadapté dans le contexte africain. J’ai choisi maintenant un parti de rassemblement. C’est une chaîne de commandement : il y a un chef de région qui commande des chefs de provinces, un chef de province pour commander les chefs de communes rurales et de communes urbaines. Et sous leurs ordres il y a des chefs de villages qui dirigent des chefs de quartiers. Ils seront l’œil et l’oreille du parti chez eux. Je pense alors que cela ne sert à rien de vouloir traduire notre programme en langues nationales. Personne ne va l’acheter. D’ailleurs, quand on parle de langues nationales, tout le monde voit immédiatement le mooré, le fulfuldé et le dioula. Ce qui n’est pas normal. Je pense qu’il ne faut pas se moquer des autres ethnies. Cela peut créer des frustrations. Toute ethnie, aussi minoritaire soit-elle doit bénéficier du même traitement que les autres.Pour revenir à votre question, je dirai que dans mon parti, il y a bel et bien des gens qui maîtrisent très bien leur langue maternelle et qui sont également bien imprégnés de la doctrine et du programme de gouvernement du PAREN.

 

Au village, il m’arrive d’assister à des meetings où je laisse les gens parler. Même les paysans comprennent bien notre programme, surtout les femmes. Elles ont l’art d’utiliser des formules et des proverbes qui me donnent envie de danser. C’est dire donc que le tout est d’aimer ce que l’on veut faire et l’on réussit sans problème.

 

S. : Quelles seront maintenant les relations entre l’ex-président et le PAREN ?

 

L.B. : L’image que je laisse est celle d’un père qui se sent de plus en plus vieux et qui n’attend pas sa mort pour qu’il y ait une querelle de succession. Il sera à côté, pendant qu’il a un peu de force, pour dire aux enfants d’aller travailler sous quand même sa vigilance. Contrairement à ce que pensent certains, je n’ai pas abandonné la politique, ni mon parti. Lorsqu’on reste longtemps à la tête d’un parti et qu’on s’en va brutalement, ça crée toujours des problèmes. Je ne souhaite pas qu’une telle situation arrive à mon parti. Voyez ce qui arrive à certains partis ! Quant à moi devant normalement aller à la retraite en 2005, j’avais prévenu le parti que j’allais me faire remplacer parce que je ne peux pas le diriger de mon village. Le nouveau président est en communion et doit être en communion avec moi le fondateur du parti. Mais à partir de 2010, si mon parti fonctionne comme je le souhaite, j’arrêterai alors ma vie politique.

 

S. : Vous dites que vous arrêtez en 2010. Et si vous êtes élu ?

 

L.B. : Dès lors qu’on est élu, on n’est plus le président d’un parti mais celui de tout le monde.

 

S. : Votre parti disparaît ou quoi ?

 

L.B. : Mais non ! En 2010, que je sois élu ou pas, je vais prendre ma retraite en ce qui concerne la vie politique active. Mais jusqu’en 2010, je serai à côté de mon parti pour donner des lumières et même pour sanctionner parfois des décisions.

 

Parce que quand même, c’est moi le fondateur du parti, qui me suis dépensé pour lui intellectuellement, physiquement et financièrement. Je n’accepterais donc pas qu’on vienne détruire en un jour ce que j’ai construit pendant plusieurs années.

 

S. : Dans ce cas, vous n’avez pas réellement passé la main ! Dans la mesure où vous n’êtes plus président du parti, à quel titre pouvez-vous sanctionner les décisions ?

 

L.B. : Vous ne comprenez pas ! Ce n’est pas parce que l’Etat a donné une autonomie à une collectivité que cette dernière se comporte en Etat indépendant ! Le congrès a décidé que compte tenu du fait que le parti est attaché à mon nom si je me mets carrément de côté, les militants risquent de tourner casaque. Les gens doivent savoir que je suis toujours derrière le parti. C’est exactement comme un père de famille : il commande pour que les enfants travaillent sans pour autant aller lui-même sur le terrain pour travailler. Donc la nouvelle équipe doit m’informer des décisions importantes du parti. Les cadres du parti sont des jeunes qui n’ont pas assez d’expériences sur le terrain. Je veux leur succès mais jusqu’à ma mort, aucun d’eux ne peut aimer le parti plus que moi.

 

S. : Quand avez-vous vu Emile Paré pour la dernière fois ?

 

L.B. : C’est une question qui n’a pas d’intérêt en aucune façon. Je m’excuse, mais c’est comme ça. Sachez tout de même que Paré n’est pas un ennemi, pas même un adversaire ; s’il demande que tout soit repris à zéro en mettant une croix sur les erreurs passées, le parti j’en suis sûr en discutera avec sérieux.

 

S. : Que devient le jardin que Blaise Compaoré a donné au professeur ?

 

L.B. : Ce sont des choses mensongères. Mon père a commencé son jardin en 1933. Il avait déjà fait un jardin à Réo. Vous savez, nous sommes originaire du Yatenga. C’est un Bado qui a épousé une Kinda pour donner naissance à mon grand-père. Tout le monde parle de ce fait, le mooré dans ma famille excepté moi. Je suis de sang Yarga et Gourounsi à la fois, comme Victor Hugo.

 

S. : Au Séminaire, vous n’avez pas pu devenir prêtre, et, en politique vous avez juste fait une entrée-sortie. Au fond, Bado n’est-il pas un défaitiste ?

 

L.B. : Votre conclusion est très triste. Ce n’est pas parce qu’on a été au Séminaire qu’on doit devenir prêtre. Mais l’ancien séminariste peut apporter beaucoup au développement de la foi, autant sinon plus qu’un prêtre dans sa vie sociale.

 

Je n’ai pas fait non plus une entrée-sortie en politique ; vous semblez avoir oublié tout ce que je viens de vous dire à propos de ma succession.

 

S. : Tout au long de l’entretien, vous donnez l’impression de n’avoir que des lumières. N’est-ce pas prétentieux de votre part ?

 

L.B. : C’est votre problème si vous avez un complexe d’infériorité devant moi. Chez moi, un chat est un chat. On ne me verra pas entrain de m’auto flageller pour donner l’impression que je suis ni meilleur ni mauvais que les autres. Tout ce que je sais, c’est que j’aime la vérité et c’est sans doute cette vérité qui blesse les autres. Si quelqu’un trouve des ténèbres en moi, de vilains défauts, qu’il me les dise pour mon plus grand bien.

 

S. : Vous semblez entier et plein. Avez-vous une devise ou un idéal ?

 

L.B. : Je ne suis plein que de la conscience aiguë que je ne suis qu’un roseau de Pascal ; fragile, mais un roseau pensant. Entre mon berceau et mon tombeau, je tiens à réussir ma vie, c’est-à-dire, donner un sens à mon passage sur cette vallée de larmes, aimer Dieu en aimant le prochain en vue d’espérer la vie éternelle. Mon seul projet au monde est de réussir ma mort ! C’est pourquoi je ne participe pas à vos foires à l’avoir, au plaisir, au prestige d’ici bas. Tout mon bonheur est dans une vie simple attaché à Dieu et à la nature.

 

S. : Maintenant que vous n’êtes plus président du PAREN, accepteriez-vous volontiers d’être le président de l’Association des chauves et futurs chauves ?

 

L.B. : Pourquoi ? Cela ne m’intéresse pas. Que les gens soient chauves ou pas, c’est pas mon affaire. Si je porte une casquette, ce n’est pas pour cacher ma calvitie dont je suis fier mais pour que les militants et sympathisants du PAREN sachent que je n’ai pas quitter la politique et le parti, il faut les rassurer.

 

S. : Pourtant, le photographe souhaite que vous l’enleviez pour qu’il puisse prendre une photo de vous sans le chapeau.

 

L.B. : je n’ai pas un goût prononcé pour les plaisanteries de ce genre ! (Rires !)

 

S. : Que pensez-vous de la presse à l’heure actuelle ?

 

L.B. : Dans le contexte africain la presse a un rôle fondamental à jouer. Elle peut contribuer à l’éveil des consciences et à la formation du peuple. Elle peut guider le choix des électeurs en appréciant les programmes des partis politiques.

 

Il se trouve malheureusement que certains journalistes sont prisonniers de leur parti pris, de leur sympathie ou antipathie pour tel homme politique sans considération intrinsèque de la valeur de son programme.

 

Il y a même des journalistes qui cherchent à abattre des hommes politiques soit pour se faire de l’argent, soit pour servir les intérêts d’autres hommes politiques moyennant finance. Pour ma part, j’ai été étonné que mes propositions de lois à l’Assemblée nationale n’aient pas eu d’écho dans la presse écrite et parlée. Or, c’est par là que le peuple allait connaître la valeur de leurs élus.

 

Enfin, je souhaite plus de professionnalisme, car, par expérience beaucoup de journalistes ne sachant pas faire un compte rendu analytique, tronquent les discours politiques en ne dégageant pas les idées maîtresses dans l’ordre et la logique interne ; il se contente d’additionner les éléments faits-diversifiés pour constituer un article vide dans le fond et sensationnel dans la forme. J’ai foi en une presse de liberté, d’impartialité, de moralité et d’intellectualité.

 

Sidwaya

 

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