Laurent Kilachiu Bado : “Il n’y a rien dans l’opposition burkinabè”

Publié le par Parti de la Renaissance Nationale

L’invité de la rédaction des Editions Sidwaya du mois d’août, est un homme qu’on ne présente plus. Intellectuel de bon cru, polémiste à souhait et provocateur quand il a l’occasion, Laurent Bado n’ a rien fait pour mettre à mal toutes ces idées que les Burkinabé ont de lui durant les trois heures de débats avec les journalistes de Sidwaya ce 3 août 2006. Au contraire !

 

Le moins qu’on puisse dire c’est que le profil d’enseignant -à la faculté de droit et de sciences politiques à l’Université de Ouagadougou de notre invité lui laisse une certaine aisance devant tout interlocuteur. Ainsi au jeu de questions-réponses, avec Bado c’est à la fois à des réponses pimentées, piquantes et fortement argumentées que vous avez droit.

 

Le non-lieu dans l’affaire Norbet Zongo, l’affaire des trente millions du président du Faso qui a défrayé la chronique l’année dernière, l’opposition burkinabé et bien d’autres préoccupations auront constitué le menu des échanges entre Bado fraîchement déchargé de son titre de président du Parti pour la Renaissance (PAREN) sa formation politique qui lui a valu d’être député, d’avoir trois autres élus parlementaires qui depuis l’ont quitté tout comme d’obtenir une mairie urbaine à Réo son fief retirée après.

 

Un échec en politique ? Laurent pour sa part ne se fait pas de bile, car pour lui, la politique n’est rien d’autre qu’une occasion de partager ses idées. Est-ce également pour autant qu’il affirme sans sourciller “ qu’il n’y a rien dans l’opposition burkinabé ” ? Le chantre du Tercérisme, cette théorie politique du ni à droite ni à gauche qu’il a développée et qu’il attend de mettre en chantier s’il parvenait un jour au pouvoir, ne cache pas ses ambitions de candidat à la présidentielle de 2010 et de la députation l’année prochaine.

 

Sidwaya (S.) : L’actualité nationale est dominée en ce moment par l’affaire Norbert Zongo avec le non-lieu concernant Marcel Kafando. En tant que juriste, comment avez-vous accueilli ce non-lieu ?

 

L.B : Vous faites bien de m’interroger sur ce sujet en ma qualité de juriste. Mais je dois vous faire comprendre que n’étant plus le président de mon parti, toute opinion, même du simple juriste, peut être considérée comme étant l’opinion de mon parti. Le parti ne m’a pas encore rencontré sur ce problème, étant donné que je suis malade en ce moment. C’est pourquoi, même en bon juriste, je suis obligé de me taire pour ne pas porter ombrage à la nouvelle équipe dirigeante de mon parti. Ce que je peux dire, c’est que tout ce qui arrive, c’est la faute notamment à l’opposition burkinabè.

 

Cette opposition n’a pas su gérer la crise née de l’assassinat de Norbert Zongo. Je sais ce que je dis et je dis ce que je sais. Aux municipales de l’an 2000, mon parti avait à peine un an ; j’ai demandé à toute l’opposition de faire un front commun. Le vrai opposant est un stimulant de ceux qui gouvernent : Il critique, il propose, il suggère. De toutes les façons, quand le peuple verra qu’à chaque fois ses propositions sont meilleures, il parviendra un jour aussi au pouvoir. Or, dans les pays africains, et singulièrement au Burkina Faso, comme les partis n’ont même pas d’idées, c’est le pouvoir seulement qu’ils recherchent.

 

En conséquence, ils s’opposent d’instinct à toute initiative du pouvoir. Ils ont donc boycotté les municipales en traitant le PAREN de mouvancier. J’avais fait un écrit très cruel. J’ai eu huit (8) conseillers alors que je m’étais présenté dans trois (3) circonscriptions seulement, sans argent, et après moins d’un an de l’existence du parti. Après, il y a eu la fameuse journée du pardon. L’émissaire du gouvernement, qui était venu me voir, m’avait dit : « le pouvoir voudrait organiser une journée du pardon avec tous les partis politiques et la société civile ». J’ai répondu que c’était le pardon sans la confession ! Il m’a répondu : « pas exactement ! Si on cherche d’abord la vérité, les accusés ou les coupables ne délieront pas la langue et s’ils disent des choses horribles, le pardon sera difficile à accorder.

 

Par contre, si on commence par pardonner, les langues pourraient se délier et le pardon ne pourra plus être refusé. A la suite de cette journée du pardon, ce sont les partis politiques qui détermineront les modalités de la recherche de la vérité ». J’ai trouvé la démarche intéressante et pour ne pas me laisser rouler dans la farine, j’ai proposé qu’un tribunal composé des gens du pouvoir et de l’opposition (puisqu’une juridiction n’a pas besoin d’être composée de magistrats professionnels) s’occupe de l’affaire.

 

Ma proposition fut favorablement accueillie et le PAREN a donc marqué son accord de principe pour la journée du pardon. Mais comme il n’était que l’un des rares partis de l’opposition a adhéré à l’idée, le pouvoir s’est retourné vers les religieux et les coutumiers ! Vous connaissez les résultats. Il faut donc que l’opposition se démarque du boycott systématique qui ne sert que les intérêts du pouvoir. N’est- ce pas ridicule de boycotter aussi les journées de refondation politique qui ont abouti au nouveau code électoral, et de participer aux législatives de 2002, ou encore de clamer que ce code est un acquis consensuel pour s’opposer à sa révision !

 

Revenons au non-lieu. De retour du village, j’ai appris que Marcel Kafando a été blanchi du fait que le témoin à charge s’est rétracté : il doute maintenant ! Naturellement, il y a de quoi s’étonner qu’un témoin reconnaisse un criminel quelques semaines après son crime et ne le reconnaisse plus formellement huit ans plus tard ! On peut légitimement penser à un stratagème pour clore le dossier. Si c’est le cas, on aurait mis un sparadrap sur une plaie puante ! Il faut qu’on découvre la vérité, qu’on pardonne aux assassins et à leurs commanditaires pour tourner réellement cette page noire de notre histoire. Et comment y parvenir ? Je ne peux pas devancer mon parti.

 

S. : Dans le cadre de l’affaire Norbert Zongo, pensez-vous que les esprits sont préparés à cette amnistie telle que vous la prônez ?

 

L.B. : L’opinion se fabrique. Cela se voit en droit et en sociologie politique. Il faut préparer l’opinion à recevoir telle ou telle idée, au nom de l’intérêt supérieur que nous recherchons. Cela peut se faire. Ce n’est pas encore fait, c’est tout. Mais pour le moment, je ne peux pas m’asseoir dans ce bureau, dire que le peuple est prêt. Je sais seulement que le peuple est essoufflé, après qu’on ait marché dans tous les sens, et jouer au dindon. C’est pourquoi aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup de gens pour sortir dans la rue comme avant.

 

Un gouvernement prépare toujours son opinion publique à recevoir quelque chose. Tout ce qui n’est pas reçu par le peuple ne pourra jamais aboutir à quoi que ce soit.

 

S. : Pour revenir à l’affaire Norbert Zongo, si le politique que vous êtes ne peut se prononcer à cause du parti, mais que dit l’intellectuel que vous êtes aussi ?

 

L.B. : Mais je me croyais compris ! J’ai dit que même en tant que juriste, si je me prononce, pour mon parti, ce serait pris comme l’opinion du parti. C’est assez clair quand même.

 

S. : Est-ce à dire que sur les questions de fond nous resterons sur notre faim si vous ne pouvez pas vous prononcer à cause du parti ?

 

L.B. : Eh bien, vous resterez donc sur votre faim, parce que je ne suis pas un idiot, je suis intelligent.

 

Je vous dis que je viens de confier mon parti à une équipe nouvelle. Ce sont eux qui peuvent se prononcer sur les questions, ils peuvent me demander des conseils. Dans l’affaire Norbert Zongo ; le non-lieu est arrivé quand j’étais au village et malade.

 

Donc, je dis que si je me permets de donner mon point de vue, cela peut contrarier les responsables du parti. Mais un peu de morale quand même !

 

S. : Selon le dernier rapport du Ren-Lac, le PAREN ferait partie des formations politiques qui corrompent les électeurs, est ce vrai ?

 

L.B. : Non. Le PAREN ne corrompt pas l’électeur puisqu’il cherche à le conscientiser et à le responsabiliser ! Avec quelles ressources d’ailleurs le ferait-il ? Le PAREN a toujours dit à ses responsables locaux et à ses militants de ne pas faire comme les autres partis sans idées et cherchant donc à acheter l’électeur par les casquettes, les tee-shirts, les pagnes, les promesses folles, bref l’achat de conscience. C’est notre ligne officielle. Maintenant si des individus assoiffés de postes, transfuges d’autres partis marchands, violent les règles de conduite de notre parti ce n’est pas notre faute.

 

S. : Que peut-on faire contre la corruption en général ?

 

L.B : Il faut d’abord des lois. Par exemple à l’Assemblée nationale, j’ai proposé le délit d’apPARENce comme un support pour démasquer les voleurs. Cela veut dire que dès que quelqu’un vit au-dessus de ses moyens, de façon manifeste, le juge doit l’interroger pour qu’il dise d’où viennent ses ressources.

 

De cette façon, il n’y aurait plus de cité de l’impunité. Il faut ensuite la volonté politique. Si j’était nommé « Monsieur propre », j’allais plaider pour que les voleurs remettent les biens sans encourir la prison. Ceux qui refuseraient de le faire et qui seraient découverts, paieront cher.

 

A partir de là, nous allons sévir contre la corruption de façon impitoyable. Nos pères doivent se retourner dans leurs tombes. Et nos enfants nous insulteront demain pour ce que nous faisons. Pour voir l’avenir de façon sérieuse, effaçons le passé, posons des règles claires et appliquons les sans pitié. C’est ainsi que le problème sera résolu.

 

La corruption a effectivement tout gangrené dans notre pays. Cela est dû au fait que lorsqu’un parti est certain de rester pendant des dizaines d’années au pouvoir, les profiteurs du régime volent sans peur parce qu’il se disent que même s’ils volent des milliards, au bout de dix ans il y a la prescription.

 

Si ces bandits redoutaient une alternance, alors il ferait attention. C’est en cela que l’alternance est une bonne chose. La corruption règne parce que le peuple lui-même est devenu corrompu.

 

La preuve est que pour lui, voter un parti c’est vendre son bulletin à ce parti.

 

L’élite politico bureaucratique exploite cette mentalité corrompue du peuple pour accéder au sommet : l’électeur ayant été acheté, l’élite vole à qui mieux mieux les ressources publiques pour garantir son avenir dans un pays qui n’en a pas à ses propres yeux ; ainsi, elle pense vivre au sec, comme un castor, en temps d’inondation.

 

Bref, dans un pays où les gens n’ont pas de valeur commune sacrée, où c’est le chacun pour soi, tout le monde est corrompu du sommet à la base.

 

Il faut donc toute une révolution, c’est-à-dire un changement radical des mentalités pour avoir un citoyen burkinabè plus mûr, plus conscient et responsable.

 

Evidemment, on n’est pas dans le domaine du rêve. Non, je crois qu’un parti politique digne de ce nom a une philosophie. J’ai été choqué de voir des électeurs dire nous préférons voter pour des anciens voleurs que de voter pour de nouveaux voleurs, qui vont venir voler à leur tour. Je leur dis, Laurent Bado ne connaît pas de vol, il ne connaît pas le mensonge.

 

Ils oublient qu’il y a un problème d’éducation. Je suis éduqué pour ne pas connaître le mensonge, pour ne pas connaître le vol. Je crois que même ma vie publique a démontré que je n’ai pas voulu les facilités. Si j’avais voulu profiter des opportunités, aujourd’hui, je serais un grand seigneur de cette république.

 

Il ne faut pas oublier que c’est le PAREN qui a dit qu’au lieu de créer jusqu’à six (6) institutions de la république qui sont là, en train de chercher à résoudre le problème du banditisme économique, Laurent Bado propose ses services. On n’a qu’à me nommer “Monsieur propre”. Je donne six (6) mois pour qu’il n’y ait plus de détournements au Burkina Faso.

 

S. : Qui va faire cette révolution ? Bado Laurent ?

 

L.B. : Non ! Ce n’est pas le problème d’un individu. Tant qu’il n’y a pas une combinaison de facteurs, c’est inutile. Ce sont les hommes politiques d’abord qui doivent être des hommes de lumière et de moralité. Au Burkina, combien de partis disposent réellement d’un programme de gouvernement ! Pendant la campagne présidentielle, je me suis aperçu que les autres candidats n’avaient qu’un chapelet de projets épars à proposer, sans dynamique interne, sans interaction, sans ligne directrice. Ils disaient notamment que s’ils étaient élus, ils allaient développer la santé, l’éducation etc.

 

Je me demandais s’il jouait au populiste démagogue puisque l’Etat ne peut pas grand chose pour la santé s’il est pauvre. ; le peuple par ailleurs tombe malade parce qu’il ne mange ou mange mal. Donc, la priorité, c’est la production. De même, à quoi sert de développer l’éducation si, avec moins de 60% de taux de scolarisation, on récolte déjà les déperditions, les déchets et le chômage !

 

Vous voyez bien, c’est l’infrastructure économique qui conditionne la superstructure sociale. Moi je tiens compte des réalités, à savoir que sur 100 écoliers qui parviennent au CM2, moins de 15 entrent en 6ème ; sur 100 élèves qui arrivent en classe terminale, moins de 5 entrent à l’université. Où allons-nous avec ça ? Et voilà, l’université elle-même qui est pleine à craquer avec plus de 1000 étudiants dans certaines classes.

 

C’est face à ces tristes réalités sociales, qu’un parti politique digne de ce nom doit proposer des solutions crédibles aux problèmes posés. Or chez nous, il y a des partis qui se créent uniquement pour bénéficier de la subvention de l’Etat ; il y a des partis dont tous les militants peuvent tenir dans une cabine de télécentre. Il y a des pseudo partis, à savoir ceux qui se créent pour soutenir Blaise qui a son CDP ! Il y a enfin, les doublons partisans : 3 à 5 partis libéraux, 3 à 4 partis socialistes, 2 à 3 partis communistes ! Sur cette pente savonneuse, un pays pauvre comme le nôtre compte 114 partis ! Quelle honteuse distraction politique ! Le PAREN a une proposition de loi pour mettre de l’ordre dans notre échiquier politique.

 

Après les hommes politiques, il y a les hommes de la communication qui peuvent contribuer aux transformations mentales. Vous les journalistes, vous pouvez éduquer les partis politiques en dénonçant les partis politiques indignes de ce nom. Au lieu de ça, et sans doute pour amasser des sous, vous vous plaisez dans les faits divers politiques quand vous ne cherchez pas à détruire les hommes politiques animés manifestement d’un idéal. Je donne mon cas. Qui peut douter que c’est le combat d’idées qui m’anime ?

 

 

Si donc mon programme ne vaut pas un clou, si mes stratégie et tactique sont inopérantes, si mon discours est inadapté, rendez-moi service et au peuple en les critiquant ! Au lieu de ça, ce sont les condamnations, les jugements a priori du genre : “Ce type-là, il est égaré en politique”. Le parti de l’égaré a toujours pourtant engrangé des sièges quand de vieux partis n’ont jamais eu un seul ! Mieux, suis-je un égaré en politique en proposant une voie originale de développement ! L’homme politique digne de ce nom n’est pas celui qui a de bons résultats électoraux, mais celui qui a des idées valables pour l’avenir d’un peuple.

 

Après les hommes de communication, il y a les autorités morales. Quand un chef coutumier s’aligne ouvertement sur un parti politique et use de son influence morale pour conduire son troupeau de sujets dans ce parti en vue de bénéficier de subsides, il foule au pied la morale de sa fonction et il incite d’autres à se passer de morale en politique. Quand je vois par ailleurs les directeurs de conscience (prêtres, pasteurs, imams) abordés les questions morales de façon invertébrée, lâche, hésitative, je comprends pourquoi les croyants ont une foi affiché en rupture avec leur comportement quotidien : Ce sont les mêmes qui volent, qui fraudent pendant 6 jours et qui se présentent en « saint » le 7ème jour ! Non.

 

Les autorités morales doivent être tranchantes dans le domaine de la morale et ce sera leur contribution à l’émergence des citoyens honnêtes, conscients et responsables.

 

Après les autorités morales, il y a enfin les éducateurs. La jeunesse burkinabè est seulement instruite, et mal instruite, et pas du tout éduquée. Les premiers éducateurs sont les PARENts. Mais il y a de plus en plus de PARENts qui se contentent de mettre les enfants au monde, pas plus ! Les seconds éducateurs sont les enseignants. Mais l’enseignement burkinabè ne comporte aucune finalité, ni les valeurs : nos enfants sont à la croisée des chemins.

 

Quant aux enseignants, l’infecte atmosphère générale qui les entoure, le peu de considération qui leur est due, leurs conditions de travail difficiles, tout cela fait qu’ils exercent leur profession sans amour et sans vocation. Or, c’est l’école qui doit préparer l’enfant à devenir un citoyen digne de ce nom.

 

Au total, la corruption n’est pas une fatalité, il faut seulement que l’exemple vienne d’en-haut, que les comportements et les mentalités changent pour espérer le développement économique et social.

 

S. : Concernant le délit d’apPARENce, quelqu’un qui travaille n’a-t-il pas d’autres moyens ou sources de revenus par exemple pour vivre au-dessus de son revenu ? Ne craignez-vous pas des dérives ?

 

L.B. : C’est très simple. Cette loi existe dans beaucoup de pays. On demande tout simplement à celui qui semble vivre au-dessus de ses moyens de se justifier. Ce n’est pas une chasse aux sorcières.

 

Lorsqu’on voit un jeune homme qui n’a même pas cinquante (50) ans, qui a deux (2) grosses villas, qui roule en grosse cylindrée, alors qu’il n’a même pas 200 000 F CFA comme salaire par mois, c’est normal qu’il aille dire tout simplement d’où il tire ses ressources. Une fois cela fait, s’il n’y a rien à lui reprocher, il continue sa vie. Entre deux maux il faut choisir le moindre.

 

S. : Blaise Compaoré vient de faire l’unanimité au Togo pour être le médiateur dans le processus de solutionnement de la crise dans ce pays. Quelle appréciation faites-vous de cette sollicitation ?

 

L.B. : Je crois que chaque fois que notre président est demandé pour faire le pompier quelque part, c’est son devoir d’Africain de le faire. C’est aussi un honneur pour le pays, parce que, s’il était un médiocre en matière de négociation, on n’aurait pas confiance en lui. Il n’est pas le seul président de l’ouest africain ; si on l’a choisi, c’est parce qu’on sait certainement qu’il a des qualités bien données, des qualités de négociateur. C’est un homme qui aime écouter, qui parle peu, qui connaît aussi les hommes de ce pays, donc il est capable de façon froide, comme cela convient à son tempérament, de dire des vérités simples à ces gens-là. Je trouve donc que c’est une très bonne chose. Je ne dis pas qu’il va réussir forcément, parce que là, les appétits sont très féroces. Mais le fait qu’on l’ait désigné, c’est une fierté pour le pays et je lui souhaite bonne chance.

 

S. : Un reportage de Sidwaya vient de montrer que le “21 de Réo” est une source de dépravation. Quel est votre point de vue ? Et que faire pour remédier à la situation ?

 

L.B. : Un marché, par essence, c’est un lieu d’échanges, de partage, etc. Mais avec la paupérisation, avec la jeunesse évidemment qui a soif de lumière, soif de plaisir, cela ne peut aboutir qu’à une telle situation. Je me rappelle, quand je commençais la politique, avoir dit dans mon village que la jeunesse doit se ressaisir, car le jour du 21, ils sont au marché jusqu’à trois (3) heures du matin. Forcément, il y a des choses sales qui se font, je me suis donc décarcassé pour construire une maison des jeunes à mes frais. C’est quand le CDP a vu cela qu’il a couru pour venir construire la maison des jeunes et de la culture ; or ça c’est l’argent de tout le monde.

 

Moi, c’est mon argent propre. Le problème réel, c’est le problème éducationnel. Aujourd’hui, dans le marché de Réo, c’est possible qu’au lieu des échanges, il y ait plutôt des dérives. Mais si les autorités constatent, (moi je n’ai pas constaté) que ça prend des proportions vraiment inquiétantes, il faut qu’elles règlementent ça. On peut quand même arriver, surtout à travers la sensibilisation, à conscientiser les PARENts des enfants, pour qu’ils soient plus regardants sur les comportements des enfants.

 

A Réo maintenant, sans doute ailleurs aussi un mineur boit et fume. Il ne peut en être autrement quand les PARENts ont perdu les valeurs culturelles ; par exemple, un décès est devenu une occasion de fête où l’on se dispute sur la boisson et la nourriture. En résumé, on peut procéder par la sensibilisation préalablement à la réglementation pour venir à bout de ce problème. Rien n’empêche d’ailleurs que le marché soit fermé à partir de 17h...

 

S. : Est-ce cette déperdition culturelle qui est source de l’insécurité actuelle ou ceci est-il lié au développement comme certains le prétendent ?

 

L.B. : Il y a les deux. La dérive culturelle au Burkina Faso résulte de beaucoup de facteurs à la fois. Des facteurs endogènes et exogènes. Déjà, dans la famille, combien de PARENts d’élèves s’occupent de leurs enfants ? C’est triste mais c’est la réalité. Le père se contente de mettre l’enfant au monde et le reste, il s’en fout. J’en ai eu une idée qui m’a habité pendant très longtemps de façon négative. J’étais assis avec des copains dans une soupe de caïman et je vois un enfant qui vient tout en larmes. Il se présente ; je ne le connaissais pas ; mais il s’adresse à moi en me disant qu’on l’a chassé de l’école à cause d’un cahier de 100 pages.

 

Je lui ai dit d’aller voir son père quand même ; il a répondu qu’il a vu son père dans une buvette assis devant deux (2) bouteilles vides et une troisième à moitié pleine, et que quand il lui a parlé du cahier, son père lui a dit “ma gnêdg biiga” qu’il a la chance qu’il l’a mis au monde. Cela m’a choqué. J’ai donné 1000 F à l’enfant et je lui ai dit, de ne pas en vouloir à son père, mais d’avoir pitié de lui car il ne comprend rien à rien. C’est cela la triste réalité aujourd’hui ; beaucoup de PARENts ne s’occupent plus de leurs enfants ; ils ne les suivent pas. Au village, je vois même des mamans qui contribuent à gâter davantage leurs enfants.

 

Elles sont là, l’enfant est en train de faire des bêtises et elles rient ! Je vois cela à longueur de journée. La dérive culturelle est donc source d’insécurité. Il faut pallier par l’éducation, celle des PARENts et des enseignants. Malheureusement, un père peut avoir des difficultés à éduquer ses enfants à cause de la rue : à vouloir les obliger à ne pas imiter les autres, il est jugé autoritaire, dur et méchant. Malheureusement encore, les enseignants sont réduits à instruire sans éduquer car n’ayant plus d’autorité sur les gosses, avec les nouveaux droits de l’enfant, encore moins de pouvoir de correction. Nos enfants ainsi laissés à eux-mêmes, perdus, éperdus dans le groupe sont poussés au mal à l’absence de nos valeurs culturelles.

 

Le développement moderne explique également l’insécurité. Avant, la société était hiérarchisée, fondée sur des valeurs sacrées dont notamment la solidarité. Aujourd’hui, à chacun ses valeurs propres, à chacun pour soi et le diable pour tous dans un contexte de course individuel au bien-être. Le développement matérialiste individualiste ne peut qu’acculer les faibles et les exclus à la violence comme mode d’expression, de rejet d’une société de plus en plus inhumaine. En somme, il y a insécurité parce qu’on est déraciné, écartelé entre l’ordre traditionnel qui s’en va avec son humanisme, et l’ordre moderne avec son matérialisme attrayant qui peine à venir.

 

S. : Des parlementaires et des membres du gouvernement ont participé à une journée de reboisement à Bissiga. Que pensez-vous de ce genre d’action par rapport à la question de l’environnement ?

 

L.B. : Je pense que ce ne sont pas des sorties publicitaires de ce genre qui peuvent régler notre problème de l’environnement. L’environnement se détériore progressivement au Burkina, la preuve l’hivernage n’est plus ce qu’il était il y a 30 ans. Il faut réagir en réglementant notamment la colonisation interne (interdire l’abattage systématique des arbres en vue de semer comme ça se fait dans les riches terres de l’Ouest et du Sud-ouest), en confiant des missions de résultats aux collectivités, en sensibilisant les populations sur les causes et les conséquences de la déforestation, en veillant au suivi des reboisements, en soutenant les associations de jeunesse dans ce sens. Personnellement, j’aurais préféré voir les ministres et les députés aller dans leur village et mobiliser les gens pour le reboisement ; une autorité plantant des arbres au milieu d’une foule de ruraux a plus d’intérêts et d’effets que les sorties médiatiques de ces mêmes autorités.

 

Pour ma part, je suis né et j’ai grandi sous les arbres, chaque année, j’en plante. Je vous signale que dans le programme de gouvernement du PAREN, outre un plan d’action étalé sur plusieurs décennies, nous nous proposons de recourir à deux techniques pour accélérer le reboisement : d’une part, instituer un prix du village le plus écologique de l’année et, d’autre part, demander à nos frères prisonniers de réparer leurs fautes commises contre la société en transformant des déserts, parce que ce sont les Blancs qui nous ont apporté la prisons : ça n’existait pas chez nous !

 

S. : Le nomadisme politique refait surface. Cela à travers les derniers mouvements dans des partis comme l’UNDD, le PARI, l’ADF/RDA, etc. Ce problème vous paraît-il incurable !

 

L.B. : Il n’y a pas de problème incurable, jamais de problème sans solutions. La solution est là. Et le PAREN a une proposition de loi en la matière. Nous voudrions que si un élu d’un parti le quitte, qu’il cède le siège à son suppléant et qu’il aille se battre dans son nouveau parti. Tolérer le nomadisme, c’est contribuer à l’immoralisation de la vie politique. Il faut donc lutter contre cette pratique honteuse. C’est le rôle des journalistes que de dénoncer ces marchands d’une nouvelle race.

 

C’est aussi le rôle du législateur. Par exemple au Bénin, ils ont pris des mesures pour limiter le nombre de partis politiques et pour empêcher le nomadisme politique. Ce n’est pas sans raison que Sarkozy et Chavez ont visité le Mali et le Bénin. Si nous voulons un jeu démocratique pour réaliser le développement politique et économique de notre pays, il nous faut mettre fin à ce cancer de notre vie politique interne.

 

S. : Parlant de programme, quel est votre avis sur le programme du président Blaise Compaoré, à savoir du progrès continu pour une société d’espérance ?

 

L.B. : Le président a présenté son programme pendant sa campagne, et j’en ai reçu une copie, j’avoue que je n’ai jamais eu le temps nécessaire pour l’analyser. Tout ce que je sais, c’est que Blaise est loin de s’opposer à mes idées. Si vous prenez son programme de large rassemblement de 1991, vous verrez qu’il dit à la page 3 astérix que “l’évolution actuelle du monde, faite de remise en cause de... de... nous exclut tout mimétisme dans la recherche des solutions à nos maux”. Or je venais de publier auparavant l’Alternative où je dénonçais le mimétisme comme étant le mal africain.

 

Blaise est contre le mimétisme comme moi, à la seule différence que je propose quelque chose à la place. Actuellement le Burkina Faso pratique l’ultra libéralisme que les peuples occidentaux eux-mêmes désapprouvent. Cet ultra libéralisme n’assurera jamais le développement d’un pays africain parce que contraire au principe de cohésion de la société traditionnelle qui est la solidarité avant la liberté individuelle. Avec ce libéralisme, c’est-à-dire l’égoïsme individuel, nous aurons un recul continu pour une société de désespoir.

 

S. : Ne pensez-vous pas qu’il y a la surdétermination du marché international qui empêche de sortir de ce mimétisme-là ?

 

L.B. : Oh là, là ! Je prie Dieu que les adeptes d’une telle vision des choses ne deviennent pas des hommes politiques, parce qu’ils seront des assassins de toute la civilisation négro-africaine.

 

Il faut cesser de se tromper : l’Occident ne nous impose pas le modèle de développement ; il nous le propose en pensant que c’est le meilleur, or ce modèle est critiqué dans son propre berceau par les alter mondialistes et, depuis l’an 2005 par les peuples de l’Amérique Latine. C’est à nous à trouver notre voie, car le capitalisme privé tue nos valeurs cardinales : actuellement, c’est 15% des Burkinabè qui s’accaPARENt des 50% des ressources nationales. Bientôt, on aura les classes comme en Occident, c’est à dire une poignée d’exploiteurs d’un côté et l’immense multitude des exploités de l’autre. Comme l’Africain n’est ni libéral, ni socialiste, mais plutôt grégariste, à nous de nous appuyer sur cette réalité pour bondir dans le développement.

 

Autrement dit, laissons le capitalisme privé à la société occidentale, et le capitalisme d’état à la société orientale. Le libéralisme ne peut pas créer une société de solidarité ni de fraternité. Il n’exalte que la liberté individuelle qui exclut la solidarité, bien que l’Etat s’efforce maintenant, par des lois, de renforcer cette solidarité. Le socialisme ne peut pas faire mieux. Il n’exalte que la solidarité qui exclut la liberté. Donc, le capitalisme privé et le capitalisme d’Etat n’ont de place dans aucune âme africaine. Notre modèle de société était une catégorie à part en ce qu’elle était fondée sur la liberté et la solidarité. Cela se traduisait clairement au niveau des libertés et au niveau de l’économie.

 

Au niveau des libertés, on avait une pyramide dont la base était constituée par les interdits et les tabous, le premier niveau par les droits communs à tous, le deuxième niveau par les droits. Cela veut dire que nos pères étaient plus sages que les Blancs : les interdits et les tabous tendaient à prévenir les dérives morales ; les droits communs exprimaient l’égalité de tous les êtres humains, les droits spécifiques traduisaient les aptitudes de chaque catégorie (enfants, femmes, hommes). Or, chez les Occidentaux c’est la liberté individuelle. Cette liberté individuelle résulte d’un postulat qui est faux : « l’homme est né libre à l’état de nature, mais pour garantir sa survie, il a passé un contrat avec d’autres homme ». Voilà qui est faux. Personne ,’est né libre à l’état de nature.

 

Tout homme naît dans une société domestique (la famille), inféodée elle-même à une société civile (l’Etat) ayant ses principes, ses lois et ses valeurs dominantes. De ce faux postulat, les Occidentaux n’ont pas manqué de tomber dans une contradiction stérile en déclarant que : « le but de toute association politique (de toute société humaine constituée) est la conservation des droits naturels, inaliénables et imprescriptibles de l’homme » ! C’est ça la contradiction stérile : si l’homme est né libre à l’état de nature dans lequel il fait tout ce qu’il veut, tout ce qui lui plaît, il ne peut plus jouir de cette liberté de l’état de nature une fois le contrat passé avec d’autres hommes pour garantir sa survie ou le contrat social est un non sens, un marché de dupes, un dialogue de ventriloques !

 

Soit il reste dans son état de nature et alors sa liberté est sans limite extérieure, soit il adhère au groupe par nécessité et alors sa liberté est circonscrite par les principes, les valeurs communément admises par le groupe. Le contrat passé impose un devoir de solidarité entre les membres de la société constituée. Ce devoir de solidarité commande que l’exercice de la liberté individuelle, qui n’est d’ailleurs qu’un moyen, respectent les fins terrestres du groupe et les lois qu’il s’est données.

 

En clair, une fois le contrat passé, l’individu perd sa liberté de l’état de nature ; il n’a plus de droits naturels inaliénables et imprescriptibles ; il a seulement un panier de droits que le groupe reconnaît à chacun de ses membres pour rechercher son plein épanouissement physique, moral, spirituel, intellectuel et matériel. La liberté individuelle ne signifie plus pouvoir faire ce que l’on veut, mais vouloir faire ce que l’on peut, c’est-à-dire ce que le groupe dans l’intérêt général, accepte, autorise, tolère. Si des gens traversent une gorge profonde sur un pont de liane, il est dans l’intérêt de chacun et de tous que chacun fasse attention à ce qu’il fait. Comme on le voit, les Africains ont une bonne compréhension de la liberté dans le groupe. Pourquoi copier d’autres compréhensions ?

 

Au niveau de l’économie, cela se traduisait par la coexistence d’une propriété privée (champ individuel) et d’une propriété collective (champ collectif). La première visait la satisfaction des besoins superflus de l’individu tandis que la seconde visait la satisfaction des besoins fondamentaux de tous les membres du groupe. Voilà encore une bonne compréhension de la vie en communautés humaines.

 

Si les Africains ne tiennent pas compte de ce grégarisme économique, ils ne connaîtront jamais le développement. La preuve, c’est que ce continent qui est le plus riche a les populations les plus déshéritées de la planète tandis que l’Asie, plus pauvre, et hier colonisé comme l’Afrique est en train de dépasser l’Occident. Dans notre cas, le processus de développement apparaît aux populations comme une construction de l’extérieur, d’où elles ne s’y retrouvent pas, elles ne se l’approprient pas. N’est-ce pas une honte pour nos dirigeants d’assister à l’assaut des frontières de l’Occident par les jeunes africains, à leurs risques et périls !

 

C’est en nous complexant devant les modèles étrangers que nous nous amputons de nos capacités intrinsèques. Laisser deux hommes blancs se marier entre eux, et laisser Bado prendre deux femmes ! Cessons surtout de croire que l’étranger sera contre notre propre voie de développement. Ne voyez-vous pas que les Occidentaux veulent le développement de l’Afrique pour que nos enfants ne viennent pas les déranger chez eux avec leurs bruits et leur odeur ! C’est clair : Il ne faut jamais obliger un gaucher à se servir de la main droite.

 

S. : Etes-vous pour le fédéralisme africain ?

 

L.B. : Dès le départ, le PAREN a dit qu’il rejetait la formule actuelle des organisations sous-régionales, parce qu’on copie là encore, l’Europe. Les pays européens sont des pays historiquement et culturellement divisés : un Anglais, un Français, un Allemand, loin de s’assimiler se sont fait des guerres de 30 ans, des guerres de 100 ans, et deux guerres mondiales. C’est l’Etat moderne qui tente de les unir, d’où leur prudence en passant par des organisations économiques pour aboutir à l’Union européenne qui n’est même pas encore un Etat fédéral. Pourquoi les Africains veulent les copier ?

 

Les peuples africains sont culturellement unis, partagent des valeurs cardinales. Mais c’est l’Etat moderne qui est venu les diviser ; c’est l’égoïsme des chefs d’Etat qui fait qu’on ne peut pas arriver à l’Etat fédéral. C’est pourquoi, dans son manifeste, le PAREN propose d’aller directement au fédéralisme, mais par pallier : fédération Burkina Mali Niger d’abord, puis avec les autres Etats ensuite. La preuve qu’il faille aller directement à la fédération, c’est que le Président Konaré se dit déçu de l’UA.

 

S. : Que vous inspirent ces moments de vacances gouvernementales du mois d’août ?

 

L.B. : Il n’y a rien d’extraordinaire. Dans tous les pays du monde, c’est normal qu’un gouvernement, qui a travaillé toute l’année, prenne des vacances. Cela est tout à fait normal, je n’y trouve rien d’exceptionnel. Seulement, au niveau de notre parti, nous avons pensé à un tourisme de masse interne pendant les vacances. Puisque nous avons de beaux sites touristiques dans notre pays,il suffit de construire de petits hôtels par l’actionnariat populaire qui serait ouvert à tous les travailleurs qui y séjournent le temps qu’ils veulent mais leurs factures étant transmises à leur administration d’origine pour opérer les retenues sur leur salaire. De cette façon, les ministres, les fonctionnaires, les salariés prendront un vrai repos avant la reprise du travail.

 

S. : Pour administrer les régions, les provinces et les villes, on a les gouverneurs, les hauts-commissaires, les préfets, les maires, etc. Comment appréciez-vous cela ?

 

L.B. : Evidemment, j’ai toujours dénoncé le gigantisme. Car l’imbécillité suit toujours le gigantisme. Les provinces ne fonctionnaient même pas encore bien, faute de moyens qu’on crée des régions et des communes rurales pour ressembler aux autres pays africains qui ont institué ces structures. Or, cela va nous coûter des milliards. De plus, quelles seront les ressources de ces régions et de ces communes rurales ? Sous .Maurice Yaméogo au moins, les ressources des collectivités étaient exhaustivement énumérées. Il est certain que ce sera difficile de repartir les impôts et taxes entre l’Etat et ses démembrements décentralisés. C’est certain qu’il y aura des frustrations au niveau des communes rurales : chaque village voudra obtenir des réalisations chez lui chaque année.

 

Le Burkina aime les changements et le gigantisme. A t-on besoin de plusieurs structures pour lutter contre le banditisme économique ? A t-on besoin d’une trentaine de ministères dans un pays pauvre avec, comme conséquences dommageables, une spécialisation ministérielle verticale qui empêche de disposer d’un tableau de bord pour une même branche ou secteur d’activité ? Même le Conseil Economique et Social (supprimé au Sénégal) est une institution de plus s’il ne donne pas d’avis aux députés sur les lois à portée économique et sociale de manière à orienter leur vote. En tout cas, le PAREN au pouvoir par hasard, la décentralisation serait simplifiée, les duplications institutionnelles supprimées et le gouvernement formé avec 15 à 20 ministres au maximum.

 

S. : De quoi souffre-t-on exactement alors ?

 

Le Burkina Faso souffre surtout du manque d’imagination de ses fils comme jadis souligné par Lamizana, et du manque de patriotisme réel. Les hommes politiques, les intellectuels, les travailleurs, le simple citoyen, personne n’est au service de cette nation en construction. Chacun vit du peuple sans croire au peuple. Nous paierons tous un jour pour ça.

 

S. : Est-ce à dire que vous n’êtes pas d’accord avec la communalisation intégrale du territoire ?

 

L.B. : La communalisation va poser les problèmes que je viens d’évoquer. La mentalité des villageois n’est pas prête. Chaque village se prend pour toute une commune à part entière. A Zoula par exemple, nous avons trois conseillers. Ils disent qu’ils ont élaboré leur programme pour Zoula (rires), alors qu’il y a douze villages dans le département. Chacun d’eux va tirer la couverture sociale sur lui. Ils vont se disputer, surtout qu’on a des élus qui ne comprennent pas bien leur rôle.

 

Nous pratiquons du démocratisme. Comment voulez-vous parler de démocratie avec des électeurs analphabètes qui vendent leur bulletin de vote au plus offrant et dernier enchérisseur ? Avec des esprits traditionnels qui suivent leurs chefs traditionnels cupides et déshonorables ? Est-ce bien pour cette société arriérée qu’un intellectuel ait la même voix qu’un analphabète quand les Etats-Unis ont pratiqué pendant longtemps le scrutin capacitaire, et l’Europe le scrutin censitaire avant d’en arriver au suffrage universel direct ? Ce suffrage universel direct, chez nous, c’est le nivellement de la société par en bas, donc la consécration de la médiocrité majoritaire sur la qualité minoritaire.

 

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